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La solitude, l'assassin silencieux : impacts sur la santé et solutions sociétales

La pandémie de COVID-19 a confronté la société à une vague massive de solitude. Bien que ce problème existe depuis longtemps, les experts peinent encore à identifier des solutions durables.

Le bureau de rédaction d'Eos est situé au coin de la Pretstraat, à Anvers. Ce nom évoque une famille de marchands anversois, mais il prend aujourd'hui un sens plus littéral. Il y a quelques étés, les habitants ont métamorphosé la rue : bancs faits main, tapis verts, potagers temporaires, un coin jeux et même un bar. Aujourd'hui, d'immenses bacs à fleurs ornent les trottoirs et les anciens emplacements de stationnement, insufflant à cette vieille rue pavée une vitalité verte et conviviale.

Les "rues jardins" ou résidentielles rendent le quartier aux habitants. Elles favorisent la solidarité, renforcent la cohésion sociale et combattent les maux urbains comme la misère, la délinquance et la solitude. La crise du COVID-19 a mis en lumière ce dernier fléau. Nombre d'enquêtes menées par des chercheurs confirment l'impact négatif de la pandémie sur la santé mentale, particulièrement chez les jeunes, les femmes et les citadins.

Selon les experts, la flambée récente de solitude s'estompera avec la crise. Pourtant, le problème de fond préexistait et persistera. La solitude est liée à l'origine, l'état civil, la situation professionnelle et financière. Ses effets chroniques sur l'esprit et le corps sont dévastateurs, comparables à un stress permanent. Le système immunitaire s'affaiblit, augmentant les risques d'hypertension, de maladies cardiovasculaires, de dépression, d'Alzheimer et de cancer. Les seniors isolés bougent moins, aggravant leur état dans un cercle vicieux.

Comment la société en est-elle arrivée à négliger le vivre-ensemble, l'un des besoins humains fondamentaux ?

Dans son ouvrage récent Le siècle solitaire, l'économiste britannique Noreena Hertz inscrit la crise de la solitude dans un contexte économique, politique et social plus large. Elle pointe la numérisation qui modèle nos modes de vie et de travail. Avant la pandémie, la société sans contact avançait déjà : paiements en ligne, démarches administratives numériques, achats distants. Si les smartphones et réseaux sociaux sont des outils, les causes profondes résident dans le capitalisme néolibéral dominant depuis les années 1980, qui creuse les inégalités et marginalise les plus vulnérables au nom de l'autonomie.

Des traitements médicamenteux émergent contre la solitude, mais les experts d'Eos tempèrent les attentes : le mal est trop complexe. Les remèdes véritables reposent sur une société plus inclusive, avec des réseaux sociaux solides à tous niveaux. Des initiatives simples dans l'espace public, comme à la Pretstraat, y contribuent pleinement.

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