Une équipe internationale de paléontologues, incluant des chercheurs belges de l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, a découvert en France un crâne fossile de singe ancien. Cette trouvaille exceptionnelle apporte un éclairage précieux sur l'évolution du cerveau des primates.

Les primates, groupe auquel appartient l'humanité, se distinguent par un cerveau relativement volumineux par rapport à leur masse corporelle. Dès l'Éocène, il y a plus de 50 millions d'années, les « Euprimates » ou « vrais primates » présentaient déjà un cerveau plus grand que la plupart des mammifères contemporains, comme en témoignent des fossiles datés d'environ 56 millions d'années.
Des analyses récentes identifient les Plesiadapoidea comme les plus proches parents des Euprimates. Ces petits mammifères, ressemblant à des écureuils et pesant de quelques grammes à deux kilogrammes, vivaient en Europe et en Amérique du Nord entre 58 et 52 millions d'années. Sans descendants vivants, ils sont cruciaux pour retracer les premières étapes de l'évolution cérébrale des primates.
Des scientifiques français, américains et belges ont exhumé un crâne fossile de Plesiadapis tricuspidens sur le site de Berru, en France. Âgé de 57 millions d'années, ce spécimen appartient aux collections du Muséum national d'Histoire naturelle de Paris. Il s'agit du crâne le plus complet connu des Plesiadapoidea. Grâce à la microtomographie aux rayons X, les chercheurs ont analysé ses structures internes, révélant des données essentielles sur l'évolution cérébrale des primates.
Un cerveau de type rongeur
Surprenante découverte : bien que Plesiadapis soit le plus proche des « vrais primates », son cerveau était petit et simple, évoquant celui d'un rongeur ou d'un lapin. Son néocortex – zone dédiée aux fonctions cognitives supérieures comme la perception sensorielle, le raisonnement spatial ou les mouvements conscients – était peu développé.
Pourtant, Plesiadapis partage avec les Euprimates une forme incurvée du néocortex et un bulbe olfactif plus prononcé, où sont traitées les informations olfactives. Ainsi, durant le Paléocène, le cerveau des « vrais primates » s'est profondément réorganisé avant même l'augmentation de son volume.
L'étude a été publiée dans les Proceedings of the Royal Society B en 2020.
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