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L’Agneau de Dieu de Van Eyck : une netteté inédite grâce aux mathématiques

En 2010, des signes indiquaient que L’Adoration de l’Agneau Mystique, chef-d’œuvre emblématique des frères Jan et Hubert van Eyck datant de 1432, nécessitait une restauration. Des experts de l’Institut royal du Patrimoine artistique (KIK-IRPA) ont évalué les interventions requises en analysant précisément l’état de l’œuvre. Ils ont opté pour une numérisation complète du retable vieux de près de six siècles, en utilisant les techniques les plus avancées pour capturer chaque détail.

L’Agneau de Dieu de Van Eyck : une netteté inédite grâce aux mathématiques

Aujourd’hui, ce projet porte le nom de Closer to Van Eyck. L’historien de l’art néerlandais Ron Spronk, initiateur et coordinateur, a sollicité Ann Dooms, cheffe du groupe de recherche en Mathématiques numériques à la VUB. Spécialiste de l’analyse numérique des peintures, elle explique : « L’Agneau de Dieu physique mesure 350 x 470 cm. Nous avons visé une numérisation en haute résolution. Les panneaux variant en forme et taille, nous les avons photographiés par sections de 15 x 20 cm. »

L’imagerie cellulaire du KIK-IRPA a réalisé des macrophotographies en lumière visible, infrarouge et réflectographie infrarouge pour révéler les sous-couches dessinées par les Van Eyck. Des rayons X ont mis en évidence les pigments métalliques utilisés comme apprêt. « Cette multiplicité d’imagerie est désormais standard », précise Bart Devolder, coordinateur de la restauration au sein de l’Art Heritage.

L’Agneau de Dieu de Van Eyck : une netteté inédite grâce aux mathématiquesL’Agneau de Dieu de Van Eyck : une netteté inédite grâce aux mathématiques

Cette approche exhaustive, comparable à un diagnostic médical, est exceptionnelle pour une œuvre de cette envergure, habituellement limitée à quelques détails.

Surpeintures dissimulées

Fin 2012, la première phase de restauration a concerné les huit panneaux du retable fermé, dans un atelier aménagé au MSK de Gand. Les restaurateurs ont découvert, grâce à l’imagerie scientifique, que jusqu’à 70 % de la peinture originale était masquée par des surpeintures séculaires.

« Les images infrarouges des robes de Joos Vijd (commanditaire, représenté en bas à gauche) révélaient des dommages absents après retrait des vernis et retouches », note Devolder.

Jusqu’à 70 % de la peinture originale du retable fermé était cachée depuis des siècles.

Des analyses microscopiques de coupes transversales au KIK-IRPA ont confirmé que l’intégralité de la robe avait été repeinte. Ces surpeintures, appliquées tôt et avec maestria, ont trompé les historiens. Initialement attribuées à Jan van Eyck après la mort d’Hubert, elles datent au plus tard du XVIe siècle, comme en témoigne une copie de 1558.

L’Agneau de Dieu de Van Eyck : une netteté inédite grâce aux mathématiques

Sur recommandation d’un comité international d’experts, toutes les surpeintures ont été ôtées, révélant le vrai Van Eyck. Depuis fin 2016, les panneaux restaurés s’admirent l’après-midi à la cathédrale Saint-Bavon de Gand (retable fermé de 12h à 13h).

Quatre oreilles pour l’agneau

Depuis fin 2016, la seconde phase porte sur les panneaux inférieurs du retable ouvert au MSK. Devolder anticipe d’autres repeints : « L’agneau central a été entièrement repeint, avec une tête légèrement plus large et tournée. » Une anecdote : depuis 1950, il arborait quatre oreilles, les originales masquées par de l’herbe ajoutée.

Les images avant/après sont désormais sur le site du projet, zoomables jusqu’à x10, accessibles à tous.

L’Agneau de Dieu de Van Eyck : une netteté inédite grâce aux mathématiquesL’Agneau de Dieu de Van Eyck : une netteté inédite grâce aux mathématiques

La restauration magnifie les Van Eyck : couleurs vives, détails comme toiles d’araignées ou boucles de laine émergent. Leur signature – fines transitions ombres/lumières – réapparaît pleinement.

Le puzzle numérique

Le site closetovaneyck.kikirpa.be doit sa netteté aux maths. Les milliers de photos (15x20 cm) ont formé un puzzle complexe à assembler.

« Les légers décalages dus au déplacement manuel de la caméra compliquaient tout », relate Ann Dooms. Les chevauchements de 20-30 % et la puissance des fichiers (250 Mo) ont exclu Photoshop.

Frederik Temmermans (ETRO-VUB) a converti les images en tableaux numériques noir et blanc, traquant similitudes et points caractéristiques (bords nets d’épées, bijoux).

Les chercheurs ont utilisé les ondelettes, inventées par Ingrid Daubechies il y a 30 ans.

Pour fonds uniformes (ciel), les radiographies des fissures ont servi de repères. L’alignement multi-spectral (visible, IR, X) s’appuie sur ces mêmes fissures.

L’Agneau de Dieu de Van Eyck : une netteté inédite grâce aux mathématiques

Le zoom haute résolution repose sur les ondelettes de Daubechies : informations grossières pour l’ensemble, détaillées au besoin.

Devolder tempère : « Nos retouches, invisibles à distance normale, se révèlent au x10. Les Van Eyck restent inégalés. »

Plus d’infos et images haute résolution : closetovaneyck.kikirpa.be


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