Les soldats espagnols ont engendré bien moins d'enfants illégitimes qu'on ne le pensait durant la guerre de Quatre-Vingts Ans.

1576. La fureur espagnole ravage Anvers. Crédit : Franz Hogenberg.
Durant la première phase de la guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648), villes et villages du sud des Pays-Bas ont été incendiés et pillés par les troupes espagnoles. Cela est avéré. Mais l'idée que les soldats de Philippe II, du duc d'Albe ou d'Alexandre Farnèse aient laissé des dizaines de milliers d'enfants bâtards relève davantage de la propagande que de la réalité.
Le généticien évolutionniste Maarten Larmuseau (KU Leuven) avait déjà démystifié le mythe affirmant qu'un Belge ou Néerlandais sur dix serait un enfant adultérin. Ses recherches généalogiques et génétiques montrent que, sur quatre siècles, ce taux fluctue autour de 1 %.
Aujourd'hui, avec des collègues de KU Leuven, il déconstruit un autre mythe : celui des « Furies » (1576-1585), où les Espagnols auraient imprimé une marque génétique durable dans notre apparence et notre ADN.
Les chercheurs ont traqué deux variants génétiques typiquement espagnols sur le chromosome Y chez plus de 1 300 hommes flamands et hollandais. Ces mutations, courantes en Ibérie, notamment en Catalogne et au Pays basque, sont absentes.

Aucun « sang espagnol » supplémentaire chez les descendants d'habitants de zones touchées comme Malines, Zichem, Lier, Breda ou Anvers, comparé aux Anglais ou Français du Nord, non exposés à ces violences.
Maarten Larmuseau s'étonne de la persistance de cette « légende espagnole » en Flandre et sud des Pays-Bas. « Lors de conférences généalogiques, on m'interroge toujours sur l'héritage génétique espagnol, souvent lié à une 'apparence espagnole' : petite taille, cheveux noirs. »
Les Espagnols, menés par Albe et Farnèse, furent impitoyables envers les populations locales. Mais un impact génétique massif via des viols ou unions ? Improbable.
« Même des viols massifs ne laissent pas de signal génétique clair sans migrations structurées », explique Larmuseau. Exemples : Vikings en Angleterre orientale, Phéniciens en Méditerranée, ou catholiques français du Nord venus en Flandre durant les Furies.
Les habitants des Pays-Bas n'ont pas plus de « sang espagnol » que les Anglais ou Français du Nord.Maarten Larmuseau
Ces Français ont bel et bien marqué notre génétique et nos patronymes : Seynave, Vandelanotte, Larmuseau...
Les Furies, comme celle d'Anvers, naquirent de mutineries dues au non-paiement des soldes par Philippe II. Pillages, massacres (dizaines de milliers de morts), destructions massives suivirent.
Ces événements forgèrent une identité nationale naissante aux Pays-Bas (République des Sept Provinces en 1588). Le folklore et la propagande – avant la lettre – dépeignirent les Espagnols en tyrans violeurs.
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