Depuis juillet 2019, des spécialistes de l’Université d’Anvers mènent une enquête approfondie sur La Ronde de Nuit de Rembrandt, conservée au Rijksmuseum d’Amsterdam. Cette « Opération Ronde de Nuit » se déroule dans un cube de verre, visible en direct par le public. Quels sont les premiers résultats ?
En 1642, au milieu de sa carrière, Rembrandt (1606-1669) réalise La compagnie du capitaine Frans Banningh Cocq et du lieutenant Willem van Ruytenburch se prépare à sortir. À cause d’un vernis contaminé jaunissant la peinture, elle a acquis son surnom populaire, quoique inexact, de « Ronde de Nuit ».
Les naturalistes et restaurateurs ont souvent dû intervenir sur La Ronde de Nuit après des actes de vandalisme au XXe siècle : griffures au couteau, éclaboussures d’acide sulfurique ou dégradations par un chômeur mécontent. Ces restaurations, bien que respectueuses et réversibles, ont laissé des traces visibles. De plus, la toile présente une ondulation en haut à gauche.

En 1947, après un nettoyage post-guerre – la toile ayant été enroulée pour l’abri ! –, les restaurateurs ont redécouvert les couleurs et détails originels. Le tableau révèle les premiers coups de pinceau fins de Rembrandt, puis son style plus pâteux et expressif. Un matériau d’étude exceptionnel.
Comme dans les analyses précédentes, les chercheurs anversois utilisent des rayons X. Pour cette opération, ils déploient le macro-scanneur à diffraction des rayons X (MA-XRPD), un appareil compact qui analyse la peinture à distance, sans prélèvements. Il traverse vernis, dégradations, couche picturale et apprêt sur toile de lin tendue sur châssis bois, révélant compositions chimiques et structures cristallines des pigments.

Seuls seize détails clés sont scrutés. Steven de Meyer (UAntwerp) examine la brume blanchâtre masquant le chien sauteur : « Des sels cristallisés ? Ou réactions chimiques entre pigments à long terme, dont Rembrandt ignorait les risques. »
Sur le visage patiné du capitaine Banningh Cocq, trois variantes de blanc de plomb sont identifiées – comme chez Vermeer dans La Jeune Fille à la perle. Mais Rembrandt applique plus épais, sculptural, comme le brocart doré toxique (sulfure d’arsenic) de la veste jaune de Van Ruytenburch. La palmierite rare dégrade yeux et cheveux de Cocq, rigidifiant la chevelure comme gainée de laque. La ceinture vermillon rouge ombrage le noir, altération vue aussi chez Rubens.

Katrien Keune (Rijksmuseum) s’amuse d’une troisième jambe peinte pour un tireur à gauche du tambour : Rembrandt a omis la rosette sur la chaussure manquante, laissant une orbite sombre.
Le directeur de recherche Koen Janssens (UAntwerp) précise : « Nous ne voyons qu’une fraction de la vision de Rembrandt. Notre but : percer sa méthode, établir une base pour surveiller dégradations futures et préserver La Ronde de Nuit pour les générations à venir. »
Dans la vidéo ci-dessous, Frederik Van Meert (UAntwerp) détaille l’Opération Ronde de Nuit.
Voir ce post sur InstagramLe chercheur Frederik VanMeert du @uantwerpen travaille sur la numérisation XRD. Il explique le processus de numérisation de la Ronde de nuit. #Rijksmuseum #NightWatch #Rembrandt #OperationNightWatch