Des chercheurs ont séquencé le génome de Mycobacterium leprae, la bactérie responsable de la lèpre, à partir d'os millénaires de patients. Cette bactérie pathogène a évolué très peu au fil des siècles.

Séquence génétique extraite d'os vieux de 1 000 ans
La lèpre était répandue en Europe jusqu'au XVIe siècle, touchant jusqu'à un habitant sur trente dans certaines régions. Les malades étaient exclus de la société et portaient des cloches pour signaler leur présence. Aujourd'hui, environ 250 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année dans le monde.
Une équipe de l'Université de Tübingen a analysé les restes de cinq patients atteints de lèpre, originaires du Royaume-Uni, de Suède et du Danemark, datant du Xe au XIVe siècle. Ils ont extrait de l'ADN bactérien des dents et autres os. Contrairement à l'ADN humain, celui de M. leprae se dégrade plus lentement, grâce aux acides protecteurs de ses parois cellulaires épaisses.
Johannes Krause et ses collègues ont reconstruit le génome complet de ces anciennes bactéries via des techniques avancées de paléogénomique. Comparé à 11 souches modernes isolées chez des patients mondiaux, il ne révèle que 800 mutations sur mille ans. Cette analyse trace aussi les migrations : les variants nord- et sud-américains proviennent clairement d'Europe. Prochaine étape : remonter plus loin dans le temps pour identifier les gènes essentiels, ciblables par de nouveaux traitements.
La stabilité génétique de la bactérie suggère que la raréfaction de la lèpre en Europe dès le XVIe siècle s'explique par des facteurs humains : amélioration des conditions de vie et isolement des patients. Cette étude est publiée dans Science (2020).
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