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Prédire les visages à partir de l'ADN : l'innovation révolutionnaire de Peter Claes

Peter Claes, ingénieur de l'UCLouvain, a développé une technique novatrice pour reconstruire des visages en 3D à partir d'un échantillon d'ADN. Eos l'a interviewé.

Prédire les visages à partir de l ADN : l innovation révolutionnaire de Peter Claes

Peter Claes a mis au point une méthode révolutionnaire pour "prédire" les traits du visage à partir du matériel génétique. Encore à ses débuts, cette technologie pourrait permettre d'identifier des criminels inconnus en reconstituant leur apparence à partir de leur ADN.

La base de données ADN du parquet belge compte environ 4 000 profils génétiques, utilisés dans une étude en cours. Près de 70 % ont déjà matché avec un suspect, laissant plus de 30 % (environ 1 300 profils) non identifiés. Actuellement, l'analyse ADN n'est utile que si elle peut être comparée à un profil connu, comme pour vérifier si l'ADN d'un suspect correspond à des traces sur une arme.

Peter Claes

Prédire les visages à partir de l ADN : l innovation révolutionnaire de Peter Claes

  • Né le 30 octobre 1979 à Borgerhout
  • 2002 : diplôme d'ingénieur civil en génie électrique, multimédia et traitement du signal (KULeuven)
  • 2002-2007 : Doctorat sur la reconstruction faciale informatisée (KULeuven)
  • 2007-2010 : Postdoc à la Melbourne Dental School, Australie
  • 2011-à aujourd'hui : chercheur au Medical Imaging Research Center, UZ Leuven

Et si l'ADN révélait l'apparence de son porteur ? Le monde médico-légal a été ébranlé il y a un an par un article de Peter Claes, ingénieur de Louvain, publié dans PLoS Genetics. Il y présente sa technique de reconstruction virtuelle 3D de visages basée sur l'ADN, rendant obsolètes les portraits-robots traditionnels issus de témoignages subjectifs. Son logiciel extrait les informations génétiques pour modéliser le visage du suspect.

Mais la science progresse lentement. Les reconstructions doivent être précises à 100 % avant application pratique. "Ce n'est pas encore le cas", précise Claes. Cet Anversois de 35 ans est l'un des dix intervenants du TEDxLeuven du 20 février.

Comment un ingénieur en arrive-t-il à la reconstruction faciale ?

Claes : « Après mon diplôme d'ingénieur civil en 2002, je cherchais un sujet de doctorat. Passionné par la technologie et le vivant, la reconstruction faciale à partir du crâne m'a intrigué dès le départ. »

La série Silent Witness montrait déjà cela. La technologie n'existait pas ?

« La méthode classique sculpte un visage en argile sur une réplique de crâne, par des artistes. Mon doctorat visait un modèle informatique objectif, éliminant le subjectif. »

Comment intégrer la génétique ?

« Lors de mon postdoc à Melbourne Dental School, j'analysais des visages pour des diagnostics médicaux. Mark Shriver, généticien de Penn State, m'a contacté. Il bâtissait une base de données visages-génétique. Ensemble, nous avons développé la prédiction faciale pilotée par ordinateur et ADN. »

Une clinique de fertilité m'a demandé de prédire les visages des futurs bébés. Merci, mais non merci.

Combien de gènes influencent notre visage ?

« Difficile à dire précisément. Avec Mark Shriver, nous avons recensé 200 variations génétiques. Notre logiciel simule leur effet individuel et combiné pour prédire un visage. »

Comment l'ordinateur construit-il le visage ?

« À partir de mon ADN, par exemple, on part d'un modèle de base (homme européen moyen). On applique les variations génétiques : front plus proéminent, nez plus petit chez moi. On peut exagérer pour une caricature, augmentant la reconnaissabilité en médico-légal. »

Avez-vous collaboré avec la justice belge ?

« Pas encore, car les analyses ADN forensics utilisent la partie non codante, sans info physique sauf le sexe. Nous avons aidé pour la "femme des dunes" de Zeebrugge : reconstruction crânienne, mais identifiée autrement entretemps. »

Des demandes inattendues ?

« Une clinique de fertilité voulait prédire les bébés pour les parents. Non, merci. »

Et l'ADN ancien, comme les Néandertaliens ?

« Tentant, mais spéculatif. Nos méthodes sont calibrées sur Homo sapiens, donc le résultat serait une version moderne. »

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