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L'ADN ancien de l'Âge du Bronze révèle les migrations massives en Europe

L'analyse des génomes de plus de 100 individus de l'Âge du Bronze révolutionne notre compréhension des ancêtres européens.

L ADN ancien de l Âge du Bronze révèle les migrations massives en Europe

L'analyse génomique de 101 personnes datant de l'Âge du Bronze apporte un éclairage inédit sur l'histoire démographique de l'Europe préhistorique.

Le progrès scientifique s'accélère à vue d'œil. Il y a cinq ans à peine, les paléogénéticiens danois Morten Rasmussen et Eske Willerslev, avec leurs collègues, séquençaient le premier génome complet issu de cheveux datant de 4 000 ans, trouvés sur la côte ouest du Groenland.

Aujourd'hui, avec Morten Allentoft et une équipe internationale, ils publient dans Nature l'étude de l'ADN de 101 individus de l'Âge du Bronze. Bien que seuls 19 génomes soient complets et séquencés à faible couverture (1 à 7x), cet exploit éclaire des mystères longtemps insolubles.

L'Âge du Bronze (environ 3000-2000 av. J.-C.) marque une période de profonds changements en Europe : apparition des armes et outils en bronze, chariots à chevaux et rites funéraires élaborés. La question clé était de savoir si ces innovations se propageaient par le commerce ou par migration. L'ADN apporte désormais des réponses claires.

Les Yamnaya, pionniers des steppes

Vers 3000 av. J.-C., le génome européen typique mélangeait encore gènes de chasseurs-cueilleurs locaux et d'agriculteurs du Proche-Orient. Mille ans plus tard, une composante génétique dominante apparaît : celle des Yamnaya, peuple des steppes pontiques (entre mer Noire et Caspienne).

Les Européens de l'Âge du Bronze partagent de nombreux marqueurs génétiques avec les Yamnaya, indiquant une migration massive vers l'ouest. Les cultures du Vase Cordé, pionnières des innovations orientales, semblent issues de ces migrants.

Les génomes informent aussi sur l'apparence et la physiologie : pas d'héritage des yeux bleus ou peau claire des Yamnaya (les locaux l'avaient déjà), mais une tolérance au lactose qui explose grâce à eux.

Les langues européennes proviennent probablement des agriculteurs du Proche-Orient.

Autrefois attribuée aux éleveurs néolithiques, la persistance de la lactase chez l'adulte était rare en Europe début Âge du Bronze (1 sur 20). Elle était bien plus fréquente chez les Yamnaya, confirmant leur impact génétique majeur.

Origines des langues indo-européennes

"J'ai dû déglutir en voyant ces données", confie le généticien Mark Thomas (University College London), dont les modèles associaient auparavant cette variante à l'agriculture. "La migration Yamnaya précoce, ignorée jusque-là, a remodelé la génétique européenne et boosté sa diffusion."

L'étude ravive le débat sur les langues indo-européennes : venues avec l'agriculture ou les steppes ? Remco Bouckaert (Université d'Auckland) penche pour les agriculteurs : "Les langues européennes divergent depuis plus longtemps, cohérent avec le Néolithique."

Les controverses persistent, mais l'avenir s'annonce riche : "Bientôt, des dizaines de milliers de génomes", prédit Greger Larson (Université d'Oxford). Les découvertes à venir promettent de transformer notre vision du passé.

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