À partir d'un échantillon d'ADN, il est désormais possible de déduire l'apparence physique d'une personne. Cette technologie ouvre des perspectives inédites pour identifier les auteurs de crimes ayant laissé des traces génétiques sur les scènes de crime.
Dans une étude internationale menée par la KU Leuven et l'Université d'État de Pennsylvanie, des chercheurs ont identifié 203 gènes clés influençant la forme du visage humain. Publiée dans Nature Genetics, cette recherche marque une avancée significative.
La génétique du visage humain reste complexe à décrypter. En 2018, le professeur Peter Claes (KU Leuven), en collaboration avec une équipe internationale, avait déjà pinpointé quinze gènes liés à des traits spécifiques. Les travaux récents élargissent cette liste à 203 loci génétiques, dont 53 inédits.
Ces découvertes pourraient éclairer les anomalies craniofaciales comme la fente labio-palatine, mieux comprendre l'évolution faciale et, à terme, révolutionner la criminalistique.
Liesbeth Gijsel, rédactrice en chef d'Eos, a interviewé le professeur Peter Claes sur les reconstructions faciales basées sur l'ADN en criminalistique. Lisez l'article complet ici.
Septembre 2031. Un randonneur et son chien découvrent un corps sur un terrain vague près d'une zone industrielle. L'enquête révèle l'ADN du présumé assassin. Un moteur de recherche génétique génère des dizaines de visages compatibles. Les investigations convergent vers un suspect local, arrêté et confessant le meurtre quelques jours plus tard.
Un scénario futuriste réaliste ? Absolument. La prédiction de l'apparence à partir de l'ADN progresse rapidement. « Nous déduisons facilement le sexe, l'ascendance ethnique et la forme du nez », explique Peter Claes, expert en imagerie biomédicale à la KU Leuven. « De plus en plus de gènes sont identifiés pour la couleur des cheveux et des yeux, ou la forme du menton. »
Claes, passionné par les visages – du sien à celui de son fils de dix ans –, observe les traits chez les gens croisés dans la rue ou en conférence, fasciné par les mélanges ancestraux comme l'eurasien ou l'euro-africain.
Depuis 2014, Claes rêve de prédire un visage via l'ADN, remplaçant les portraits-robots. Dans une récente publication, il propose une méthode inspirée du jeu Qui est-ce ? : croiser l'ADN avec une base de photos d'identité (comme les cartes belges). L'ADN révèle le sexe via le chromosome XY, éliminant les visages opposés.
Des questions successives affinent : forme du nez, menton, bouche – grâce aux gènes identifiés. On distingue les lobes d'oreilles libres ou attachés. L'âge est prédit précisément (±3-4 ans) via l'épigénétique. L'ascendance ethnique influence la morphologie globale.
« Ce n'est pas binaire : un continuum existe entre populations », nuance Claes. « J'ai moi-même une faible ascendance africaine sans apparence notable. » L'ADN est positionné sur des axes génétiques (africain-européen-asiatique) pour modéliser le visage.
Sexe et ascendance sont fiables ; traits fins (nez crochu, fossette) plus complexes, influencés par l'environnement (alimentation, cicatrices, barbe).
« Identifier les gènes clés est crucial », dit Claes. Méthodes : analyser les syndromes (ex. : Down, avec yeux petits et visage plat) ou études GWAS comparant génomes et scans 3D faciaux. 38 gènes pinpointés ainsi.
« Avec un échantillon d'ADN, vous prédisez l'âge à ±3-4 ans. » Peter Claes
Plus de 1 000 gènes potentiels, plus facteurs externes : le puzzle est loin d'être complet. Claes privilégie désormais le tri probabiliste de visages plutôt qu'une reconstruction unique.
Combiné à d'autres preuves, cela oriente les enquêtes efficacement, sans certitude absolue.

Claes teste des prédictions pour exercices : écarts de la moyenne par âge/sexe/ethnie. Résultats variables.
Aux USA, Parabon génère des visages depuis 2017, résolvant des cold cases, basés sur les travaux de Claes et Mark Shriver. Mais « seuls sexe et ascendance sont fiables ; le reste stéréotype », alerte-t-il. Usage prématuré irresponsable : risque d'erreurs judiciaires.
« Les enquêteurs s'emballent, au risque d'arrêter les innocents. » Peter Claes
Même la méthode "Qui est-ce ?" pose des enjeux éthiques : bases photos officielles non régulées ; ADN commerciaux (généalogie) et réseaux sociaux exposent la vie privée. « Besoin d'une régulation globale », plaide Claes.

Ces SNP (variations d'ADN) impactent les traits faciaux. Cercles : associations SNP-caractéristiques ; visages : déviations de la norme (rouge : proéminent ; bleu : rentré).
Chirurgie réparatrice, reconstructions muséales (ex. : femme suédoise antique). Éthique moindre pour l'archéologie.
Impact ancestral : ADN néandertalien en Europe influence-t-il nos traits ? Futur : modéliser chasseurs-cueilleurs vs agriculteurs.
« Scientifiques, soyons responsables : pouvoir technique n'implique pas usage immédiat. » Peter Claes[]