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Max Cooper : "Notre espèce réussit grâce à la reconnaissance des motifs"

Enfant, Max Cooper dévorait les livres de Stephen Hawking. Aujourd'hui, DJ et producteur reconnu mondialement, il applique une approche scientifique à sa musique. "J'aime l'imprévisibilité avec laquelle les algorithmes génèrent des structures musicales."

'Le rythme est un motif auquel nous ne pouvons échapper. C'est une partie essentielle de notre vie.' Max Cooper

Les journées ont été longues et les nuits courtes pour Max Cooper. Il n'a même pas dormi la nuit dernière – jusqu'au petit matin, il a enchaîné un DJ set. Bientôt, après sa prestation aux Nuits Botaniques de Bruxelles, il se rendra à Gand pour une fête électrisée par son électronique soulful. "J'espère pouvoir m'effondrer quelques heures après", soupire-t-il.

Après avoir abandonné le violon à 12 ans, Cooper tourne le dos à la musique pour se consacrer à la science. "En tant qu'Irlandais du Nord avec des parents australiens, je me sentais isolé", confie-t-il. "Nous vivions en périphérie de Belfast, où les tensions entre catholiques et protestants persistaient. Je ne me sentais lié à aucune communauté, comme un étranger. Ma mère insistait pour le violon, mais je trouvais ça peu cool. Je préférais jouer au basket avec mes amis (rires)."

"Je suis devenu de plus en plus indépendant et j'ai plongé dans la science, me questionnant sans cesse sur le fonctionnement des choses. Je dévorais les livres scientifiques. La musique ne m'attirait plus jusqu'à ce que, à 16-17 ans, je fréquente les clubs et tombe amoureux des sons des DJ. C'est là que l'idée de mixer est née. Plus tard, en produisant moi-même, j'ai adoré encore plus."

Pourtant, vous avez d'abord embrassé une carrière scientifique.

"Ça semblait plus réaliste qu'une carrière musicale. J'ai obtenu un doctorat en bioinformatique à l'Université de Nottingham. Mais lors de mes recherches postdoctorales à Londres en génétique, les financements ont cessé. Je n'avais jamais lâché la musique – peut-être même un peu trop obsédé (rires). C'est à Londres que j'ai décidé de me lancer à plein temps."

"Aujourd'hui, je me consacre exclusivement à la musique, sans liens avec l'académie. J'aime toujours la science et je l'intègre dans mes compositions."

Êtes-vous le premier à fusionner science et musique ?

Björk, l'excentrique Islandaise, l'a déjà fait, mais mes influences diffèrent. Ma méthode ne varie pas tant des autres : on expérimente des idées pour créer un tout cohérent. Ce qui distingue mon travail, ce sont les vidéos basées sur des données scientifiques.

Votre musique part-elle toujours d'un concept scientifique ?

"Au début, c'était pour les clubs, inspiré par la techno. Au fil du temps, j'ai intégré des idées scientifiques, comme l'émergence : des systèmes complexes naissent de règles simples, comme les flocons de neige ou une termitière."

La nature et la musique partagent cycles, motifs, vagues et symétrie. Sont-ils centraux pour vous ?

"Oui, j'explore ces phénomènes. La nature allie ordre et désordre de façon magique. J'adore ce côté aléatoire omniprésent."

Aimez-vous l'idée que l'évolution n'ait pas de but ?

"La nature regorge de secrets. Plus on en sait, plus les mystères grandissent. C'est ce qui passionne les scientifiques. Nous avons évolué pour reconnaître les motifs : saisons pour planter, unlike les autres animaux. C'est la clé de notre succès."

Reconnaître les motifs est un talent humain. Même l'IA peine.

"Exact. Les humains excellent là-dedans, souvent inconsciemment. Mais ça peut tromper : on voit des liens illusoires. La musique naît de ce besoin de cohérence dans le chaos sonore. Notre cerveau connecte tout ; créer des motifs procure satisfaction, surtout les indéfinissables."

Composez-vous ou laissez-vous les algorithmes créer ?

"Je ne suis pas musicien classique ; l'ordinateur est mon instrument. Mes techniques sont génératives : je lance des systèmes imprévisibles que j'adore."

"Sur Emergence, 'Order from Chaos' vient de gouttes de pluie échantillonnées. J'ai cartographié leur chaos en rythme via algorithmes. L'ordre émerge du désordre. La vidéo suit : pluie, cellules, vie complexe."

"D'autres tracks utilisent l'émergence, mais explicitement ici. C'est tangible."

Écouter est subjectif. Pas de preuve objective que votre musique surpasse Dimitri Vegas & Like Mike.

"Les goûts sont individuels, mais on partage l'amour des motifs. Fans de EDM ne captent pas mon univers, et vice versa (rires). La musique touche profondément ; on évolue, comme mes goûts à 16 ans."

Comme un goût acquis en gastronomie.

"Oui, surtout pour les innovateurs comme Philip Glass, pionnier minimaliste. Ignoré jadis pour sa répétitivité, il inspira la techno. Aujourd'hui, légende."

Notre amour du rythme est-il inné ou utérin ?

"Le rythme est vital : marche, cœur, respiration. On ne peut y échapper."

La techno évoque les percussions tribales primitives.

"Génétiquement, on reste des singes préhistoriques. Nos instincts persistent."

Vous explorez le son 3D.

"On priorise le visuel, mais le son est riche : rebonds, délais crâniens. On spatialise inconsciemment. Testez 'Virtual Barber Shop' sur YouTube avec écouteurs."

"L'enregistrement binaural crée l'illusion 3D. Le surround sensoriel, des années 70 (Earthquake), vibre physiquement."

"Utilisé sur Emergence, jouable en ciné ou maison."

Vous visez une 4e dimension.

"4DSound ajoute le temps : sons évoluent. Enceintes partout créent un champ mouvant. Une piste devient sculpturale, explorable."

"Mes 'sculptures audio' sont des espaces sonores à arpenter (rires). Impressionnant !"

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