Le 27 juin, neuvième jour du mois de Messidor dans le calendrier républicain, est consacré à l’absinthe officinale (Artemisia absinthium), une plante à l’odeur aromatique intense et à la saveur très amère. Son nom botanique Artemisia évoque la déesse Artémis (Diane), sœur d’Apollon, symbole de vitalité et de santé. Depuis l’Antiquité, elle est reconnue pour ses vertus thérapeutiques précieuses.
Plante vivace de la famille des Asteraceae, Artemisia absinthium a été décrite en 1753 par Carl von Linné. Elle pousse spontanément en Europe (sauf au nord), jusqu’à 2 000 m d’altitude, sur terrains incultes, secs et rocailleux.
Sa souche ligneuse porte une tige vert argentée, dressée et cannelée, de 40 cm à 1 m de haut, à texture duveteuse. Les feuilles, gris-vertes dessus et blanches dessous, sont soyeuses, pétiolées et finement découpées. De juillet à septembre, elle produit des panicules de petites fleurs jaunes tubuleuses en capitules globuleux.
Surnommée grande absinthe, aluine, armoise amère, herbe aux vers ou herbe sainte, elle était dite absinthion par les Grecs anciens, signifiant « impossible à boire » en raison de son goût extrêmement amer. Son infusion était redoutée, et le terme évoquait métaphoiquement les déceptions de la vie.
À Rome, les vainqueurs des courses de chars en buvaient pour se rappeler les amertumes de la gloire. Dans les Écritures, elle symbolise les épreuves.
Depuis 1 600 av. J.-C., un papyrus égyptien la préconise comme tonique, stimulante, fébrifuge, antihelminthique, antiseptique, diurétique et emménagogue. Emblème de santé chez les Anciens, elle était cultivée dans les jardins.
Pline l’Ancien (Histoire naturelle) louait ses effets : resserre l’estomac, chasse la bile, diurétique, vermifuge, aide à la digestion. Galien la recommandait contre la malaria, Hippocrate contre l’ictère.
Au IVe siècle av. J.-C., Artémise, reine de Carie, perdit son époux Mausole. Elle érigea le mausolée d’Halicarnasse et but ses cendres mêlées à sa boisson. Une plante inconnue aux fleurs jaune pâle surgit : les savants en louèrent les vertus stomachiques, toniques, etc. Convaincue qu’il s’agissait de l’âme de Mausole, elle en distilla l’essence verte : l’absinthe était née.
De Baudelaire à Picasso, la « fée verte » (65°) inspira artistes et écrivains, mais causa des désastres. Degas la peignit, Zola l’évoqua dans L’Assommoir. Oscar Wilde : « L’absinthe apporte l’oubli, mais se fait payer en migraines... »
Cultivez Artemisia absinthium ‘Lambrook Silver’ (50 cm, feuillage semi-persistant argenté) ou ‘Lambrook Mist’ (70-90 cm). ‘Powis Castle’, hybride persistant à plus de 1 m, enchante les massifs.
Le purin d’absinthe (300 g/L) repousse pucerons, acariens, altises, piérides et mouches de la carotte. Bouquet séché : anti-mites. Attention à l’allélopathie due à l’absinthine, inhibant les voisines sur 1 m.
[]