Ces découvertes sont issues des recherches du scientifique polaire néerlandais Willem van der Bilt, qui en détaille les résultats sur notre site.

Depuis la fin de la dernière période glaciaire, il y a environ 10 000 ans, les glaciers du Svalbard (Spitzberg) ont connu des fluctuations extrêmement dynamiques. Ces phases d'avancée et de retrait semblent liées aux variations du Gulf Stream chaud. Telle est la conclusion d'une étude menée par le chercheur polaire néerlandais Willem van der Bilt et une équipe américano-norvégienne de l'Université de Bergen, publiée dans la revue Quaternary Science Reviews.
La banquise arctique recule depuis des décennies, et les satellites confirment la fonte accélérée de la calotte glaciaire du Groenland. Ces changements majeurs dans l'Arctique impactent non seulement les ours polaires et les populations inuites, mais aussi les Pays-Bas, pays bas et commerçant. L'élévation du niveau des mers accroît les risques d'inondations, tandis que de nouvelles routes maritimes s'ouvrent dans l'océan Arctique en fusion.
Ces enjeux sociétaux font du climat arctique un sujet prioritaire. L'archipel du Svalbard, en première ligne face à la fonte des glaces et à la limite du Gulf Stream, agit comme un laboratoire naturel idéal pour étudier le changement climatique. Les scientifiques néerlandais y sont actifs : en août dernier, le Centre arctique de Groningue a lancé l'expédition SEES dans l'est du Svalbard.
Le département du professeur Jostein Bakke à l'Université de Bergen, auquel j'appartiens, mène des recherches sur le Svalbard depuis des années. Grâce à des voiliers maniables, nous accédons rapidement à des sites reculés comme Bjørnøya ou le nord du Svalbard. « Nos missions de terrain sont des opérations éclair : par beau temps, nous débarquons en un instant ; mais les tempêtes arctiques peuvent rendre la navigation périlleuse », explique-t-il.
Prédire l'avenir en déchiffrant le passé
Pour contextualiser le réchauffement actuel, il faut reconstituer le climat holocène, depuis 10 000 ans – période d'épanouissement de la civilisation humaine – avec la meilleure résolution possible pour capter les changements rapides. L'objectif : anticiper l'avenir grâce au passé. Les données météo n'existant que depuis un siècle, nous nous appuyons sur des proxies climatiques.
Les sédiments lacustres, archives du climat passé
J'ai analysé un lac glaciaire arctique pour retracer ces variations. Les glaciers réagissent vite au climat et reculent actuellement à vive allure au Svalbard. Leurs fluctuations sont enregistrées dans les sédiments lacustres : plus le glacier est étendu, plus la sédimentation est importante. Extraire ce signal exige des méthodes sophistiquées – une douzaine d'entre elles, alliées à des statistiques avancées, comme l'analyse chimique par rayons X.
Carte de la zone d'étude
Des glaciers plus dynamiques que prévu
Nos résultats révèlent un comportement très dynamique des glaciers du Svalbard depuis l'Holocène. Leur extension maximale n'a pas eu lieu durant le Petit Âge glaciaire (XIXe siècle), mais bien plus tôt, vers 9 500 ans AP – contredisant l'idée d'une période chaude alors. La fonte de la calotte laurentiide (Canada) pourrait expliquer ce refroidissement ; nous collaborons avec l'Université Columbia pour l'éclaircir.
Autre révélation : les glaciers ont réagi plus vite que prévu, avec des disparitions en moins de deux siècles lors de refroidissements atlantiques courts, liés au Gulf Stream. Reste à trancher : température ou précipitations ? Le puzzle climatique avance, mais n'est pas résolu.
Référence de l'étude
Van der Bilt, W.G.M., Bakke, J., Vasskog, K., D'Andrea, W.J., Bradley, R.S. & Ólafsdóttir, S. (2015). Reconstruction of glacier variability from lake sediments reveals Holocene dynamic winter climate in Svalbard. Quaternary Science Reviews 126, 201-218.