Les réserves mondiales de combustibles fossiles pourraient suffire à faire fondre presque entièrement la calotte glaciaire antarctique.

Que se passerait-il si nous extrayions et brûlions toutes les réserves récupérables de combustibles fossiles ? Une équipe internationale de scientifiques a modélisé l'impact sur l'Antarctique sur les 10 000 prochaines années. Selon leurs calculs, publiés dans la revue Science Advances, le rejet total de ce carbone (pétrole, gaz, charbon) dans l'atmosphère entraînerait une hausse du niveau des mers d'environ 50 mètres.
Les estimations des quantités disponibles proviennent du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). On distingue les "réserves" (exploitées de manière rentable avec les technologies actuelles, 1 000 à 2 000 milliards de tonnes de carbone) des "ressources" (potentiel futur, 8 000 à 13 000 milliards de tonnes).
Contrairement aux études précédentes focalisées sur l'Antarctique occidental, cette recherche intègre aussi l'Antarctique oriental, la plus vaste calotte glaciaire. La fonte s'opère en deux temps : l'eau de mer chaude érode les glaciers marins par le bas, tandis que l'air réchauffé fait fondre la surface.
La simulation prévoit une accélération modérée ce siècle, mais une hausse de 3 cm/an sur les 1 000 ans à venir, soit environ 30 mètres d'ici la fin du millénaire. À long terme, plus de 50 mètres. "Si nous ne voulons pas faire fondre l'Antarctique, nous devons stopper l'extraction actuelle des fossiles", avertit Ken Caldeira (Carnegie Institution of Science). "Sans réduction des émissions de CO2, des terres abritant plus d'un milliard de personnes seront inondées."
En limitant le réchauffement à 2 °C, la fonte antarctique n'élèverait le niveau des mers que de quelques mètres.
Prévoir la réaction de l'Antarctique à des niveaux élevés de CO2 reste complexe, car cela dépend de nos émissions. "Les mécanismes du modèle ne font pas consensus", nuance le climatologue Roderik van de Wal (Université d'Utrecht). "Mais si vérifiés, l'Antarctique fondrait rapidement. Reste à évaluer le réalisme de ce scénario." (ddc)
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