Le génome de plusieurs espèces de papillons, dont le célèbre monarque, abrite des gènes issus de guêpes parasites.

Des chercheurs espagnols et français rapportent cette découverte surprenante dans la revue PLOS Genetics.
Les guêpes pondent leurs œufs dans les chenilles et injectent simultanément un bracovirus qui affaiblit le système immunitaire de l'hôte. Ce virus intègre son ADN dans le génome de la chenille, modifiant ainsi son développement. Chez des papillons comme le monarque, la teigne à soie ou le hibou de Floride, ces gènes viraux semblent conférer une protection contre d'autres virus.
Plus étonnant encore, les génomes de papillons contiennent aussi des gènes directement issus des guêpes. « Au début, nous n'y croyions pas », confie le Pr Jean-Michel Drezen de l'Université François Rabelais. « Nous pensions à une erreur. » En réalité, lorsque le virus circule dans la guêpe, l'ADN viral et guêpeique peut se recombiner et se transmettre à la chenille. Résultat : des gènes papillons plus proches de ceux des guêpes et abeilles que des papillons eux-mêmes.
Les scientifiques ont démontré que ces transferts horizontaux se sont produits à plusieurs reprises sur des millions d'années d'évolution. Cette trouvaille suggère que les insectes génétiquement modifiés – potentiels outils contre le paludisme ou la dengue – ne sont pas si novateurs.
Elle met aussi en garde : des gènes introduits chez des guêpes modifiées pourraient se propager à d'autres insectes. « Rendre une guêpe résistante aux insecticides pour protéger les cultures risque de doter les ravageurs de la même résistance », alerte Drezen.