FRFAM.COM >> Science >> sciences naturelles

Gènes, cellules et cerveaux : le battage médiatique de la nouvelle biologie démystifié

La « nouvelle biologie », centrée sur la génétique et les neurosciences depuis 20 ans, a-t-elle tenu ses promesses ? Qui profite des méga-projets comme le Human Genome Project à un milliard de dollars ? Hilary et Steven Rose, experts reconnus, analysent cela dans leur ouvrage.

Gènes, cellules et cerveaux : le battage médiatique de la nouvelle biologie démystifié

La « nouvelle biologie », axée sur la génétique et les neurosciences depuis deux décennies, a-t-elle respecté ses engagements ? Qui tire profit d'initiatives coûteuses comme le projet du génome humain ? Hilary et Steven Rose en dressent le bilan dans leur livre percutant.

« Notre destin est écrit dans nos gènes, non dans les étoiles », déclarait James Watson, codécouvreur de la structure de l'ADN. Il n'avait pas anticipé que sa découverte deviendrait une industrie colossale. Lancé en 1990, le projet du génome humain promettait des thérapies miracles et une compréhension révolutionnaire de notre identité.

Mais que sont devenues ces promesses ? Qu'en est-il des avancées des « neurotechnosciences » ? Et surtout, à qui profitent-elles ?

Hilary Rose, sociologue des sciences et féministe, et Steven Rose, neurobiologiste et cofondateur de l'Open University britannique, scrutent l'agro-industrie biotech dans Genes, Cells and Brains. Les promesses prométhéennes de la nouvelle biologie (2012). Cet ouvrage passionnant et accessible dénonce les dérives motivées par l'ambition et le profit.

Bio des auteurs

Hilary Rose et Steven Rose démystifient le battage autour de la génétique et des neurosciences dans ce livre incisif, leur second collaboration après Alas, Poor Darwin (2000), qui questionnait la psychologie évolutionniste.

Engagés depuis des années sur les implications éthiques, juridiques et sociales des avancées scientifiques, ils s'intéressent particulièrement à la génétique et aux neurosciences. Plus d'infos : www.stevenroseonline.net

Les années 1990 n'étaient pas seulement la décennie du génome, notent-ils : les National Institutes of Health (NIH) ont proclamé celle du cerveau, avec des financements massifs de l'État, de l'industrie pharma et de l'armée. Vers 2000, on entrait dans la « décennie de l'esprit », inondée de neuro-essentialisme. Pourtant, en 2011, année record de diagnostics psychiatriques, les grands labos pharma abandonnaient les psychotropes pour le cancer plus rentable.

Entretien avec les Rose à leur domicile de King's Cross, Londres.

Le bon moment pour ce livre ?
Hilary : Il fallait l'écrire. Sociologue pour moi, neurobiologiste pour Steven : nos expertises se complètent idéalement.

Que pensez-vous du BRAIN Initiative d'Obama ?
Steven : Deux projets majeurs – Human Brain Project (UE) et BRAIN (USA). Beaucoup de neuroscientifiques, moi inclus, doutent de notre maturité technologique.
Hilary : Les neurosciences englobent un spectre vaste, des informaticiens aux psychologues. Contrairement à la génétique unifiée, elles manquent de cohésion. Le prestige culturel des sciences de la vie attire, mais les neuroscientifiques restent hétérogènes.

L'Europe investit-elle mal ?
Steven : Le HBP modélise un cerveau statique en silicium avec IBM, utile pour l'IT mais ignorant la dynamique neuronale changeante.

Le projet européen ignore la dynamique des connexions cérébrales.

Obama vise Alzheimer.
Hilary : Promesses vides depuis 1990. Ils négligent le lien cerveau-esprit. Les chercheurs les plus éloquents séduisent fonds et gouvernements, au risque éthique – comme pour les cellules souches embryonnaires.

Évolution des sciences de la vie ?
Steven : L'ADN (1953) était scientifique ; Watson est devenu entrepreneur. Le HGP (1990) a hype : guérir cancer, schizophrénie, même l'itinérance ! Scientifiques et médias ont alimenté le buzz pour financements.

Aujourd'hui, « nous sommes notre cerveau » : de la navigation des taxis londoniens à l'amour ou au terrorisme.

Hilary : Biobanques comme DeCode (Islande) ont échoué : pas de « gène unique » par maladie (120+ pour schizophrénie). Pfizer a fermé son centre R&D.

Steven : Réductionnisme génétique oublie développement biologique. L'épigénétique émerge : comment l'ADN s'exprime variablement, avec potentiel thérapeutique.

L'épigénétique : début de sagesse, avec potentiel thérapeutique réel.

Hilary : Argent gaspillé en génétique au détriment des soins. Intérêts commerciaux freinent la science ouverte.

Espoir pour les neurosciences ?
Steven : Grands projets pourraient forcer une pensée intégrée, comme le HGP l'a fait partiellement. (D'après Psyché & Cerveau, n°6, 2013)

[]