La revue Science publie cette semaine deux études génétiques sur le blé. L'une retrace la domestication de cette graminée ancestrale en céréale de base, l'autre alerte sur les menaces pesant sur sa culture actuelle.

L'ancêtre de tous les blés cultivés est le petit épeautre sauvage (Triticum monococcum). Une sélection intensive a donné l'épeautre domestiqué (T. dicoccum), base du blé dur. Le blé tendre, ou blé panifiable, résulte d'un croisement avec l'égilope allongée (Aegilops tauschii).
Analyser le génome du blé est complexe : il possède 2 à 3 fois plus de chromosomes et 4 à 6 fois plus d'ADN que l'humain, avec de nombreuses répétitions. Après les séquences du blé tendre et de l'épeautre domestiqué, celle de l'épeautre sauvage est désormais disponible.
Les chercheurs identifient des signatures de sélection dans plusieurs dizaines de régions génomiques. La plus marquante concerne deux gènes contrôlant la dispersion des graines chez l'épeautre sauvage : les premiers agriculteurs ont sélectionné des mutants non éclatants pour faciliter la récolte.
D'autres gènes sélectionnés confèrent probablement une résistance aux maladies, un atout vital pour les variétés cultivées, souvent moins diversifiées génétiquement. L'expansion mondiale d'un champignon pathogène illustre ce risque : initialement résistant, le blé se révèle vulnérable.
Le système immunitaire du blé détecte une protéine spécifique du champignon et le combat. Mais certaines souches, apparues dans les années 1980 au Brésil sur une variété productive, n'expriment pas cette protéine, échappant à la détection. Elles ont évolué pour infecter d'autres variétés, menaçant la production mondiale.
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