Une bactérie végétale originaire d'Amérique progresse dans le sud de l'Europe. Si elle atteint le continent espagnol, les dommages économiques seront incalculables. Aucun remède n'est disponible à ce jour.
La bactérie végétale Xylella fastidiosa sème la désolation dans la région des Pouilles, au sud de l'Italie. En quelques années, elle a infecté dix millions d'oliviers. Identifiée pour la première fois en 2013 par des phytopathologistes italiens, elle a fait chuter la production d'huile d'olive de 50 à 10 %. Les experts évaluent les pertes économiques à un milliard d'euros. « C'est une estimation conservatrice », précise le phytopathologiste Giovanni Martelli.

Originaire du Costa Rica et d'autres pays d'Amérique centrale, où elle cause des ravages depuis plus d'un siècle, la bactérie a gagné l'Europe via des plants de café infectés. Elle se propage ici par des insectes suceurs de sève, comme la cicadelle de la mousse. Dans les plantes infectées, Xylella obstrue le flux de sève, entraînant un dessèchement progressif. Les chercheurs la surnomment « la peste de l'olivier » ou « l'Ebola des oliveraies ».
L'épidémie s'étend. En 2016, des scientifiques de Majorque ont alerté sur trois cerisiers infectés. L'été dernier, une sous-espèce a été détectée sur le continent espagnol. Avec 34 % de la production mondiale d'olives, l'Espagne est le premier producteur mondial. Si la bactérie s'y implanté, 340 millions d'arbres sont menacés.

Outre les oliviers et cerisiers, Xylella affecte pruniers, pêchers, lavandes et amandiers. Au total, 200 espèces végétales sont vulnérables. Des vignes ont déjà été touchées aux États-Unis et à Majorque, mais le risque pour la viticulture européenne reste limité. « La bactérie n'apprécie pas les climats extrêmes avec hivers froids et étés chauds », explique l'agronome espagnol Alberto Fereres. En revanche, les régions aux hivers doux comme la Provence et le Languedoc en France sont exposées.

Pour l'heure, aucun remède n'existe contre Xylella fastidiosa. La Commission européenne impose des zones tampons et l'éradication des plantes proches des infectées. Les experts misent sur la résistance : deux variétés d'oliviers tolérantes ont été identifiées. L'objectif est de les croiser pour créer des souches résistantes.
Lire un reportage détaillé dans Eos n° 3. Sortie le 15 février.