FRFAM.COM >> Science >> Environnement

Le potentiel énergétique inexploité des excréments de volaille et humains : vers un charbon propre

Extrait de L'autre science de la matière noire : la science et le commerce de la transformation des déchets en richesse et en santé, par Lina Zeldovich.

C'était une chaude journée dans le désert du Néguev, en Israël. Des chercheurs de l'Université Ben-Gourion installaient des toilettes de terrain : un simple siège fixé sur un cadre métallique avec un sac plastique en dessous. Utilisées dans les zones isolées sans commodités ou pour protéger les écosystèmes fragiles, ces installations étaient ici au cœur d'une étude. L'objectif ? Transformer les excréments humains en charbon.

Des volontaires utilisaient quotidiennement ces toilettes. « Nous les appelions les volontaires caca », plaisante Amit Gross, président du département d'hydrologie environnementale et de microbiologie à Ben-Gourion. Son équipe transforme les déchets en ressources. Fin de journée, les échantillons étaient stérilisés en autoclave. Vêtus de masques, gants et blouses, les étudiants pulvérisaient la matière séchée pour réduire le côté répugnant. « Une fois en poudre, on oublie presque de quoi il s'agit », explique Gross.

La poudre brun foncé était alors mélangée à de l'eau, pompée dans des réacteurs de 50 ml fonctionnant à haute température et pression. Les chercheurs testaient des cuissons à 180°C, 210°C et 240°C, pendant 30 minutes à 2 heures, toujours sans oxygène.

Cette technique, la carbonisation hydrothermale (HTC), produit de l'hydrochar : une suspension d'eau et de particules carbonées combustibles. Contrairement au biochar (brûlage à sec), la HTC économise de l'énergie en évitant l'évaporation de l'eau. « L'eau coûte cher en énergie à enlever », note Gross. « Avec pression et température modérées, on consomme beaucoup moins. »

L'hydrochar a un double usage : les particules sèchent en combustible similaire au charbon pour centrales électriques ; le liquide devient engrais stérile, sans pathogènes.

Sa formation imite la géologie des combustibles fossiles : pression, chaleur, anaérobie sur des restes organiques, comme lors du Carbonifère il y a 300 millions d'années.

Gross a commencé avec le fumier de volaille : 625 à 938 millions de tonnes annuelles mondiales, riche en carbone et azote. Pulvérisé et traité, il produit un hydrochar prêt pour les centrales, même en poudre fine. « Un ajustement parfait pour les générateurs », confirme Vivian Mau, chercheuse du projet. Il peut former des briquettes pour barbecues, avec une odeur de café à la combustion.

Calculs : ce fumier remplacerait 10 % du charbon électrique mondial, les liquides fertilisant les champs sans risque.

Les excréments humains surpassent les aviaires grâce aux graisses alimentaires, boostant le pouvoir calorifique. « Plus gras, plus énergétiques », dit Gross. Prometteur pour d'autres formes d'énergie.

Adapté de L'autre science de la matière noire : la science et le commerce des déchets transformés en richesse et santé, par Lina Zeldovich. Copyright © 2021 Lina Zeldovich. @LinaZeldovich.

[]