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Les eaux souterraines : une ressource vitale à protéger et gérer durablement

À première vue, où se trouve la source d'eau douce la plus proche de vous en ce moment ? Avant d'ouvrir Google Maps pour localiser le lac ou la rivière le plus proche, pensez à ce qui repose profondément sous vos pieds.

La grande majorité de l'eau douce circulante est invisible, enfouie sous la surface terrestre. Environ 99 % d'entre elle se trouve dans des aquifères et réservoirs souterrains.

"Si vous additionnez les Grands Lacs, l'Amazone, le Nil, le Congo, le Mékong... tous ces fleuves ne représentent qu'1 % de l'eau douce disponible", explique Richard Connor, rédacteur en chef du Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau (WWDR). Actuellement, près de 50 % des populations urbaines mondiales dépendent de ces sources cachées pour leur consommation, leurs usages domestiques et l'irrigation agricole, selon l'ONU.

Comme pour de nombreuses ressources essentielles, les eaux souterraines ont souvent été mal utilisées ou mal gérées. Les sécheresses en Californie ont par exemple épuisé des aquifères cruciaux, malgré les réglementations existantes. Le bassin Murray-Darling en Australie et les réserves sud-africaines font face à des défis similaires.

Un nouveau rapport de 246 pages publié cette semaine par l'UNESCO met en lumière l'importance cruciale de cette ressource et les mesures nécessaires pour la préserver.

"Améliorer la gestion des eaux souterraines est une priorité urgente pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) d'ici 2030", déclare Gilbert Houngbo, président d'ONU-Eau et du Fonds international de développement agricole, dans l'avant-propos du rapport.

Avant d'explorer les défis et solutions, comprenons les fondamentaux de cette ressource précieuse.

Les eaux souterraines expliquées

Selon Ryan Bailey, professeur agrégé de génie civil et environnemental à la Colorado State University, les eaux souterraines s'apparentent à un compte d'épargne, tandis que lacs, réservoirs et rivières évoquent un compte courant : les niveaux fluctuent rapidement et sont les premiers mobilisés.

"En cas de sécheresse prolongée ou plus fréquente due au changement climatique, on puise alors dans ce 'compte d'épargne', l'aquifère, qui s'épuise progressivement. Nombre d'aquifères mondiaux sont gravement surexploités", précise Bailey.

Les aquifères se divisent en deux types : rechargeables et non rechargeables (ou 'fossiles'), selon Connor. Les premiers se reconstituent comme un compte d'épargne avec intérêts ; les fossiles, comme de l'argent sous un matelas, sont finis. Ils représentent jusqu'à 90 % des eaux souterraines terrestres, mais une étude de 2015 montre que seuls 6 % des aquifères mondiaux se rechargent naturellement en 50 ans.

La recharge se produit par infiltration de pluie, ruisseaux ou eaux d'irrigation dans les aquifères. L'eau souterraine remonte naturellement (décharge) pour alimenter lacs et rivières. Mais le pompage excessif dépasse la recharge, amplifié par le changement climatique qui accélère l'évaporation en surface.

Les frontières politiques ignorent les limites naturelles des aquifères : une surexploitation locale peut priver une communauté voisine.

Comment protéger et optimiser l'usage des eaux souterraines

La clé réside dans une connaissance précise de l'hydrologie des aquifères, du volume pompé et dans une gestion équitable, insiste Connor.

Les réglementations varient : au Colorado, eaux souterraines et de surface sont protégées ensemble ; au Texas, le pompage sur sa propriété est quasi libre. Les pays en développement manquent souvent de technologies pour cartographier les aquifères.

Le rapport ONU exhorte les compagnies pétrolières et gazières à partager leurs données géophysiques pour mieux connaître les aquifères.

Même avec ces données, des outils sont nécessaires pour une utilisation responsable. En Inde, les subventions au pompage des années 1960 ont épuisé les réserves du nord à 19,2 gigatonnes par an.

Les aquifères offrent un filet de sécurité, comme en Afrique subsaharienne où des ressources rechargeables inexploitées pourraient contrer sécheresse et insécurité alimentaire. Pour une durabilité, il faut étudier l'hydrologie locale, investir dans l'irrigation efficace et partager équitablement.

"Les gouvernements doivent agir en gardiens, assurant un accès, une utilisation et des bénéfices équitables", conclut Connor.


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