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Comment les grands requins blancs ont accéléré l'extinction du mégalodon : révélations d'une étude scientifique

Les grands requins blancs, plus grands prédateurs actuels des océans mesurant jusqu'à 6 mètres, ne sont pas les plus imposants de leur lignée. Il y a des millions d'années, la famille des requins mégadentidés a produit Otodus megalodon, un carnivore géant estimé à 15-18 mètres de long.

Cependant, ce colosse des mers a disparu abruptement des archives fossiles il y a environ 3,6 millions d'années, peu après l'émergence des grands requins blancs. Les scientifiques soupçonnent une compétition pour les proies comme facteur clé de son extinction.

Une étude publiée le 31 mai dans Nature Communications apporte un soutien indirect à cette hypothèse. Les chercheurs ont analysé la composition chimique des dents de requins vivants et éteints, concluant que grands requins blancs et mégalodons occupaient des niveaux trophiques similaires dans la chaîne alimentaire préhistorique.

"Le mégalodon reste une énigme à bien des égards", explique Alberto Collareta, paléontologue à l'Université de Pise (Italie), non impliqué dans l'étude. Ses travaux sur les morsures de mégalodon sur os fossiles de petites baleines à fanons et pinnipèdes soulignent que notre connaissance de son régime repose sur ces traces et ses dents dentelées, plus aptes à se fossilisier que les squelettes cartilagineux.

"Cette recherche est très utile : elle fournit des données géochimiques quantitatives validant les hypothèses antérieures", ajoute-t-il.

Les grands requins blancs se sont étendus hors du Pacifique il y a environ 4 millions d'années, événement potentiellement accélérateur de l'extinction du mégalodon, comme l'avait suggéré Robert Boessenecker, paléontologue au Collège de Charleston (Caroline du Sud).

"À l'époque, c'était une intuition ; cette étude la teste et la renforce !", s'enthousiasme-t-il par e-mail.

Le régime alimentaire révèle le rôle écologique d'une espèce via les niveaux trophiques. Traditionnellement, les isotopes d'azote indiquent ces niveaux, mais ils ne se conservent pas bien dans les fossiles anciens. Les chercheurs, menés par Jeremy McCormack (Goethe-University Frankfurt), ont utilisé les isotopes de zinc, préservés dans l'émailoïde des dents de requins.

Le zinc "léger" s'enrichit chez les prédateurs supérieurs, et cette méthode, récente, est appliquée ici pour la première fois aux requins. L'analyse de dents de 20 espèces actuelles (requins tigres, bouledogues, makos, etc.) et 14 fossiles, dont mégalodon et grands requins blancs, montre des ratios similaires pour ces deux derniers : ils chassaient à des niveaux trophiques comparables, partageant potentiellement proies comme mammifères marins.

"Pas forcément les apex absolus, mais en tête de chaîne", nuance McCormack.

Les requins tigres conservent un niveau stable ; les blancs modernes sont légèrement plus haut que leurs ancêtres. L'ancêtre du mégalodon, Otodus chubutensis, occupait le sommet. L'évolution des proies, comme l'essor puis la raréfaction des petites baleines à fanons, explique ces shifts : gibier accessible aux deux requins, leur déclin a poussé les blancs vers le haut.

Étendre l'analyse aux mammifères marins renforcerait ces conclusions, estime Collareta.

"Nous prouvons que les isotopes de zinc conservent le signal alimentaire sur des millions d'années. Prometteur, mais à affiner", conclut McCormack.

Les paléontologues saluent cet outil : "Puissant pour décrypter les écosystèmes marins fossiles", dixit Boessenecker.

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