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L'UE vise à diviser par deux l'usage des pesticides d'ici 2030 : un plan ambitieux et réaliste

Des centaines d'études scientifiques alertent sur les dangers des pesticides. Pourtant, leur utilisation mondiale a presque doublé entre 1990 et 2018, passant de 2,3 à 4,1 millions de tonnes, selon la FAO.

L'Union européenne apporte un espoir concret. Cette semaine, elle a proposé des objectifs contraignants pour réduire de 50 % les pesticides à risque d'ici 2030, avec une interdiction totale dans les parcs publics, jardins, aires de jeux, chemins publics et sites écologiquement sensibles.

"Nous devons diminuer l'usage des pesticides chimiques pour protéger nos sols, notre air, nos aliments et la santé de nos citoyens", a déclaré Stella Kyriakides, commissaire européenne à la Santé et à la sécurité alimentaire. "Pour la première fois, nous interdisons ces produits dans les jardins publics et aires de jeux, réduisant ainsi notre exposition quotidienne."

Les agriculteurs bénéficieront d'indemnisations via la Politique agricole commune (PAC) pendant cinq ans de transition. Cela est crucial, car de nombreuses exploitations dépendent encore des pesticides. À terme, ce plan soulage les fermiers : les prix des engrais synthétiques ont explosé ces derniers mois, alourdissant les coûts pour maintenir des rendements élevés.

"Depuis la 'Révolution verte', les pays s'appuient massivement sur les pesticides pour booster la production agricole", explique Laurie Beyranevand, directrice du Center for Agriculture and Food Systems à la Vermont Law School. "Notre système alimentaire en dépend fortement ; les agriculteurs auront besoin de formation et de soutien pour adopter des alternatives."

Cette proposition s'inscrit dans la stratégie "De la ferme à la fourchette", qui réinvente le système alimentaire européen post-COVID pour plus de durabilité, en réduisant production, transformation, consommation et gaspillage. Elle fait partie du Green Deal européen, visant la neutralité carbone et une économie découplée des ressources.

Ce texte pourrait devenir loi dès 2023, avec la première législation sur la biodiversité depuis 1992 (directive Habitats), protégeant espèces menacées et 200 habitats uniques.

Tous ne sont pas convaincus. Emmanuel Macron s'inquiète pour la sécurité alimentaire et plaide pour une "indépendance agricole" face à la crise ukrainienne.

Ces craintes sont exagérées, selon les experts. "L'idée d'un effondrement alimentaire sans pesticides est un faux narratif", affirme Beyranevand.

Des alternatives existent, comme la lutte intégrée antiparasitaire (IPM) : seuils de nuisibles, surveillance, rotation des cultures, plantes résistantes, et pesticides ciblés en dernier recours, explique Kathleen Merrigan, du Swette Center for Sustainable Food Systems à l'Arizona State University.

Renforcer le rôle des femmes en agriculture pourrait booster les rendements de 20-30 %, selon une étude FAO de 2011. Réduire le gaspillage alimentaire (un tiers de la production mondiale) est aussi clé.

"Nous produisons assez pour nourrir le monde, pourtant 800 millions de personnes ont faim", souligne Merrigan. "Changer nos pratiques n'aggravera pas la faim ; elle existe déjà."

La proposition ne bannit pas les pesticides, "outils importants" de la lutte antiparasitaire, note Leslie Hickle, PDG de FarmSense. Avec la technologie et des stratégies équilibrées, une agriculture durable est possible face au changement climatique.

L'éducation et la mobilisation publique sont essentielles. "L'EPA est née de l'indignation publique, comme avec 'Silent Spring' de Rachel Carson", rappelle Hickle. "L'UE est à un tournant similaire."

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