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Lynx roux, ours et oiseaux traversent les ruisseaux sur des bûches naturelles : étude révélatrice de l'OSU

Dans les forêts de l'ouest de l'Oregon, les bûches tombées traversant les ruisseaux servent de véritables "rues principales" pour la faune locale. Des vidéos capturées par deux écologistes de l'Oregon State University (OSU), publiées ce mois-ci dans la revue Biodiversity and Conservation, montrent des dizaines d'espèces utilisant ces rondins issus d'un projet de restauration fluviale pour se nourrir, se toiletter et se déplacer.

"Nous pensons qu'il s'agit d'un rôle méconnu du bois mort en forêt", explique Ivan Arismendi, écologiste des cours d'eau à l'OSU et co-auteur de l'étude. "Tous les animaux qui doivent traverser l'utilisent, créant ainsi une concentration de vie sauvage."

Autrefois, les rivières d'Amérique du Nord étaient encombrées d'arbres naturellement abattus. Un embâcle à Bellingham (Washington), retiré par les colons en 1877, s'étendait sur plus d'un kilomètre et était si ancien que des arbres y poussaient. Pendant près d'un siècle, entreprises forestières, propriétaires terriens et même le Corps des ingénieurs de l'armée ont éliminé ces grumes pour fluidifier les cours d'eau ou par simple souci esthétique.

Ces rondins offraient pourtant un habitat essentiel aux poissons, notamment aux juvéniles de saumon nécessitant des eaux froides et abritées. Dès les années 1980, les gestionnaires des terres ont réintroduit du bois dans les rivières pour restaurer ces habitats perdus.

Les écologistes de l'OSU ont installé des caméras activées par le mouvement sur 11 embâcles restaurés, révélant que ces structures profitent bien au-delà de la communauté aquatique. Lynx roux, couguars, ours, coyotes et bien d'autres mammifères les traversent, tandis que loutres, martins-pêcheurs et aigles s'y reposent et chassent.

"En écologie, on parle de couloirs de déplacement", précise Arismendi. "Ces structures connectent les habitats, permettant aux animaux de circuler entre zones broussailleuses, terres agricoles ou fragments d'écosystèmes divisés par routes et urbanisation."

Les caméras étaient positionnées sur un site de restauration à Rock Creek, à une heure et demie au sud de Portland. En 2008, la ville voisine de Corvallis a installé des pieux pour capter le bois flottant, formant de nouveaux embâcles vite recouverts de mousse et piégeant sédiments et graviers.

De juin 2020 à juin 2021, sous la direction d'Ezmie Trevarrow (alors étudiante à l'OSU, aujourd'hui à l'Université de Géorgie), plus de 2 000 animaux de quelque 40 espèces ont été filmés. Ratons laveurs, cerfs mulets, martins-pêcheurs et opossums figuraient parmi les plus courants.

Ces bûches attiraient aussi des espèces rares, comme un aigle royal, rapace géant typique des zones arides de l'est de l'Oregon. "C'est exceptionnel", note Arismendi. "Des experts de l'US Geological Survey étaient stupéfaits : 'Que font-ils là ?'"

Même des petits animaux, comme une souris, utilisaient les rondins submergés par un fort débit, suggérant un rôle de dernier recours pour fuir prédateurs ou relier sites d'alimentation et nids.

"Ces passages risqués reconnectent des habitats auparavant isolés, même pour de petits rongeurs", conclut Arismendi. "Cinq décennies de recherches sur les forêts anciennes soulignent que cette complexité paysagère, parfois aussi simple qu'un pont naturel, enrichit la biodiversité."


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