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Vaincre la dépendance au cellulaire : comment j'ai appris à raccrocher

La dépendance au cellulaire touche de plus en plus de personnes. Bryony Halpin partage son expérience réussie pour lâcher prise sur son smartphone.

Par Bryony Halpin, pour Franco Égalité

J'ai adoré mon premier téléphone intelligent ! Il m'offrait un accès instantané à ma musique, à un océan d'informations, à des milliers de photos et vidéos. Mais peu à peu, j'ai commencé à m'inquiéter de la place qu'il occupait dans ma vie. Je rafraîchissais constamment ma boîte courriel, j'achetais en ligne des objets inutiles et je scrollais sans fin les mauvaises nouvelles du monde. Je me plaignais souvent auprès de mon mari et de mon fils de sept ans, Louis, de me sentir piégée.

Je me suis alors plongée dans des études sur les effets des smartphones sur la santé mentale. J'y ai découvert qu'ils peuvent générer anxiété, dépression et troubles du sommeil, particulièrement chez les jeunes. Ils perturbent aussi le rôle des parents et leur présence auprès de leurs enfants. Un jour d'été 2021, en jouant avec Louis, j'ai été distraite par les « ping » et « ding » de mes notifications. « Maman, tu ne pourrais pas lâcher le téléphone de temps en temps ? », m'a-t-il lancé.

J'ai décidé d'agir. Plutôt qu'un sevrage total, j'ai opté pour un téléphone à clapet avec un abonnement à 30 $ par mois. Sans écran tactile, écrire des textos prend du temps, et j'ai perdu l'accès aux courriels, à la musique et aux réseaux sociaux. L'adaptation a demandé un effort initial, mais les bénéfices ont vite surpassé les inconvénients.

Des relations plus profondes

Taper sur un clapet est laborieux, et les gens attendent des réponses rapides. En essayant de texter une amie récemment déménagée au Yukon, j'ai fini par l'appeler, exaspérée. Je réalisai alors que je ne lui avais pas parlé depuis son arrivée. Entendre sa voix décrire avec émerveillement les aurores boréales, tout en partageant sa tristesse pour un parent malade, a renforcé notre lien.

Une étude de l'Université du Texas à Austin (2020) montre que les gens préfèrent les textos aux appels pour éviter le malaise, mais que les conversations vocales créent des connexions plus fortes. Benjamin Crudo, PDG de Diff, une agence de commerce électronique à Montréal, a abandonné son smartphone en 2018 après une lune de miel déconnectée en Nouvelle-Zélande. Il a réalisé la distraction causée pendant les repas en famille. Depuis, ses échanges sont plus riches.

Choisir ses sources d'information

Selon Statistique Canada (2018), 90 % des Canadiens utilisent les réseaux sociaux, 78 % régulièrement, et plus de la moitié pour les actualités. Mais cela a un coût : 20 % rapportent des troubles du sommeil, 14 % de l'anxiété, de la dépression ou de la frustration.

Mon cellulaire me rivait aux gros titres. Sans lui, j'ai craint d'être déconnectée, mais ce n'était pas le cas. J'utilise désormais mon ordinateur ou ma tablette pour sélectionner mes sources fiables. Le temps gagné me permet de lire livres et longs articles. Être « en contact » avec la société ne nécessite pas une surveillance constante en ligne.

Moins d'achats impulsifs

Les Canadiens ont dépensé 84,4 milliards en ligne en 2020, contre 57,4 milliards en 2018. J'y ai contribué pendant les confinements, boostée par la dopamine des clics. Aujourd'hui, avec 10 fois moins de temps en ligne, je suis plus sélective. J'ai même repris le tricot et la broderie pour créer bonnet, sacs et écharpes maison.

Plus de calme et de présence

La « nomophobie » – peur de l'absence de mobile – est courante. Au début, je cherchais encore mon smartphone par habitude, mais les symptômes de sevrage ont été brefs. Wuyou Sui, chercheur en santé numérique à l'Université de Victoria, explique que les notifications sont conçues pour créer une dépendance comportementale.

Cette dépendance est illusoire : d'autres moyens existent. Je me sens plus sereine sans smartphone. Louis le voit dans mes sourires pendant nos jeux. Le soir, j'allume des bougies, lis un livre et savoure l'instant.
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