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L'EPO, dopant mythique du cyclisme, n'améliore pas les performances de haut niveau : conclusions d'une étude néerlandaise

Il n'existe aucune preuve scientifique que l'EPO, cet agent dopant infâme, améliore les performances sportives de haut niveau. Telle est la conclusion d'une équipe de scientifiques néerlandais ayant examiné toutes les études disponibles.

L EPO, dopant mythique du cyclisme, n améliore pas les performances de haut niveau : conclusions d une étude néerlandaise

Le cyclisme professionnel a été ébranlé par de multiples scandales de dopage ces dernières années, l'affaire Lance Armstrong marquant un point bas tragique. L'érythropoïétine (EPO), hormone stimulant la production de globules rouges, a joué un rôle central dans la plupart de ces cas. Pourtant, le pharmacologue Adam Cohen, du centre médical de l'université de Leiden, affirme que les meilleurs cyclistes ont utilisé ce médicament « pour rien » durant toutes ces années. « Aucune étude scientifique ne le prouve. Pourtant, experts, conseillers et médias ont érigé l'EPO en panacée, favorisant malheureusement son usage détourné. »

Adam Cohen et ses collègues ont passé en revue toutes les publications sur les effets performants de l'EPO. Ils l'ont évaluée comme un médicament classique, en simulant une pathologie chronique. « Ce qui frappe, c'est le faible nombre d'études – treize seulement – et leur qualité médiocre : mauvais échantillons (pas de cyclistes d'élite), populations trop restreintes. Seules huit incluent un groupe contrôle avec placebo ou effet d'entraînement, et cinq sont en double aveugle. Un médicament testé ainsi serait rejeté par les experts. »

« Les recherches actuelles sont souvent de mauvaise qualité » Selon Cohen, on ne peut extrapoler des études limitées que l'EPO transforme un coureur moyen en champion. « L'effet démontré est minime, et sa transposition à des athlètes entraînés est problématique. L'effet diminue avec l'entraînement. On ignore si l'EPO agit sur les élites, et je soupçonne un effet nul significatif. En revanche, les risques sont bien documentés : l'EPO épaissit le sang, augmentant le risque de caillots mortels. Les dopés ont ainsi mis leur santé en péril sans gain espéré. »

Cohen plaide pour de nouvelles études sur des substances comme l'EPO, avec les bons sujets : les meilleurs cyclistes. « Par exemple, tester lors d'un stage, même si c'est difficile aujourd'hui. Une meilleure science du dopage découragerait son usage. Si le rapport bénéfices/risques est négatif, les athlètes hésiteront. »

« Ne confondez pas labo et coulisses du sport » Le physiologiste Peter Hespel (KU Leuven) conteste : « L'EPO est inadmissible, mais conclure qu'il n'agit pas sur les athlètes d'endurance est absurde. Les études sur dopants portent sur des 'sujets sains', avec doses éthiquement basses, non comparables au sport. »

Il cite les stéroïdes anabolisants : résultats scientifiques décevants car sans entraînement intensif ni doses massives. « Les comités d'éthique refusent les simulations réalistes de dopage. » Pour l'EPO, lors d'un Tour de France, l'hématocrite chute de 45 % à 39 % ou moins. « Maintenir ou augmenter cette valeur booste les performances. Témoignages comme Bjarne Riis ('Monsieur 60 %') le confirment. Les études sont une 'version édulcorée' de la réalité sportive. »

« Informer, c'est prévenir »

Adam Cohen rétorque : « L'hémoglobine baisse à l'effort, l'EPO en produit plus, mais pédaler plus vite ? Trop simpliste. Matériel, technique, entraînement, tactique, nutrition, talent priment. À l'élite, l'EPO pèse peu. »

Il défend les essais dopants : « J'ai été vice-président de l'autorité éthique néerlandaise (CCMO) 12 ans. Promouvoir des substances par interdiction hâtive est irrationnel. Informons sur bénéfices limités et risques majeurs. »

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