Les scientifiques spécialisés dans la conception de médicaments considèrent souvent l'effet placebo comme une nuisance. Pourtant, les médecins pourraient l'exploiter davantage pour optimiser les traitements.

Les chercheurs en pharmacologie voient l'effet placebo comme un obstacle. Après des années de développement, une nouvelle molécule prometteuse est testée en essai clinique. Résultat : les patients recevant un placebo factice s'améliorent aussi. « Le médicament n'est pas supérieur au placebo », concluent les experts, et l'étude est classée.
Les cliniciens-chercheurs minimisent alors cet effet indésirable. Ils ont tenté d'administrer médicament et placebo au même patient pour isoler l'effet réel, sans succès. Exclure les sujets « suggestibles » a échoué, car les autres répondaient encore au placebo.
Augmenter la taille du groupe traité pour mieux détecter une amélioration modeste s'est révélé contre-productif : les participants, conscients des meilleures chances de recevoir un vrai médicament, amplifiaient leur réponse placebo. Comparer à un groupe sans traitement est impossible chez des patients symptomatiques.
De plus en plus, les essais comparent le nouveau médicament à un traitement existant et validé. Ainsi, on évalue sa supériorité ou équivalence, sans priver quiconque de soins. Mais cela masque l'effet placebo, car les patients savent qu'il n'y a pas de pilule factice.
Les effets secondaires posent aussi problème : les vrais médicaments en provoquent, pas les placebos. Les participants devinent ainsi leur groupe, renforçant l'effet thérapeutique. Concevoir des placebos mimant ces effets est complexe et discutable.
Pas étonnant que l'effet placebo soit impopulaire en recherche clinique.
Maître du placebo ?
Dans Nature Reviews Drug Discovery, quatre chercheurs allemands rappellent à leurs pairs que, pour le patient, l'origine de l'amélioration – pilule active ou placebo – importe peu. Il faut prouver l'efficacité des médicaments, mais maximiser ensuite l'effet placebo en pratique clinique.
Avec prudence : prescrire un placebo ouvert à un enfant pour un bobo est courant (« ça ne nuit pas »), mais mentir systématiquement est éthiquement discutable.
Une étude sur le syndrome du côlon irritable montre que dire aux patients qu'ils reçoivent un placebo « qui aide souvent » fonctionne : ils s'améliorent réellement, sans mensonge.
Le pouvoir des attentes
L'effet placebo dépasse la pilule : les attentes influencent tout traitement. Un analgésique semble plus efficace si identifié comme tel ; un regard bienveillant accélère la récupération post-chirurgicale. À l'inverse, des attentes négatives annihilent les effets de certains médicaments (corticostéroïdes, amphétamines), permettant de réduire les doses sans perte d'efficacité.
Les médecines alternatives excellent en placebo via l'empathie : écoute, intérêt sincère, rituels rassurants. Leur succès, parfois supérieur aux médicaments pour les migraines, repose là-dessus. Les médecins peuvent adopter cela : une étude montre un placebo deux fois plus efficace (80 % vs 40 %) avec un clinicien empathique plutôt que distant.
La « médecine personnalisée » génétique pourrait aussi optimiser le placebo. Malgré les réticences des chercheurs, cet effet bénéficie à notre santé.