Les femmes et les hommes présentent souvent des symptômes de maladies distincts, nécessitant des traitements spécifiques, selon les experts. Pourtant, la recherche clinique repose majoritairement sur des sujets masculins.

Des différences médicales sous-estimées
En 1991, Bernadine Healy, première femme à diriger le National Institutes of Health aux États-Unis, alertait sur ce biais. Des études révélaient que de nombreuses femmes échappaient au diagnostic de maladies cardiovasculaires car leurs symptômes divergeaient des modèles masculins. Ce phénomène, baptisé "syndrome de Yentl" d'après l'œuvre d'Isaac Bashevis Singer (prix Nobel 1978), illustre comment une femme n'est prise au sérieux qu'en se faisant passer pour un homme. Malgré l'indignation suscitée, plus de trente ans après, les hommes dominent toujours les essais cliniques. Même chez les animaux, seuls 20 % des cobayes sont femelles.
Crises cardiaques : symptômes distincts
Depuis les années 1990, des recherches mettent en lumière ces écarts, bien que la pratique médicale courante reste influencée par des préjugés. Les hommes risquent plus les crises cardiaques, avec des douleurs thoraciques constrictives irradiant vers les bras – symptômes typiquement masculins. Chez les femmes, nausées et douleurs abdominales hautes prédominent. Les médecins y voient souvent trop peu d'indices, et les patientes sous-estiment elles-mêmes le risque. Résultat : infarctus plus graves chez les femmes, avec complications accrues.
Ces disparités s'expliquent par des facteurs environnementaux – les hommes affichant une moins bonne santé globale – et cellulaires, comme la réponse différente de l'ADN à la tumorigenèse. Les hormones, véritables messagers corporels, jouent un rôle clé : de la ghréline stimulant l'appétit aux processus majeurs, elles modulent les maladies.
L'ostéoporose, liée à la chute des œstrogènes post-ménopause, touche surtout les femmes, mais les hommes en souffrent aussi. Inversement, les données sur les patients masculins manquent cruellement : moins de 1 % sont traités.
Les médicaments posent problème : essais majoritairement masculins, mais hormones féminines altèrent vitesse, efficacité ou effets secondaires – comme plus d'impacts des bêta-bloquants chez les femmes.
Personnes âgées et enfants : groupes sous-étudiés
En gériatrie, on sait adapter les soins : crises cardiaques atypiques ou pneumonies sans fièvre chez les seniors. Les gériatres, formés ad hoc, proposent des traitements sur mesure, de même que les pédiatres pour les symptômes vagues des enfants (ex. : mal de ventre récurrent).
Ces populations sont sous-représentées dans les essais. "Les seniors, polymédiqués et comorbidités multiples, sont exclus", note le Pr Eddy Dejaeger (gériatrie, UZ Leuven). Doses réduites par prudence, risques d'interactions accrus.
Le Pr Dirk Matthys (pédiatrie, UZ Gent) plaide pour plus d'essais pédiatriques : "Plus de la moitié des médicaments pour enfants n'ont pas été testés chez eux, surtout en soins intensifs." Une directive européenne de 2004 encourage ces études. "Étudier les enfants est plus éthique que d'administrer des traitements non validés !" conclut-il.
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