Plus d'un millier d'Anversois ont placé un fraisier sur le rebord de leur fenêtre ces deux derniers mois. Les scientifiques de l'Université d'Anvers dressent désormais une carte détaillée de la qualité de l'air en ville, basée sur la quantité de particules fines accumulées sur les feuilles.

Début mars, des fraisiers ont été distribués aux Anversois enthousiastes inscrits au projet AIRbezen. Un succès retentissant : les chercheurs espéraient une centaine de participants, mais plus de mille ont répondu présent. Les volontaires ont installé leur plante à l'extérieur et l'ont entretenue pendant deux mois. Le week-end dernier (10 et 11 mai), ils ont prélevé quelques feuilles, actuellement analysées au laboratoire de l'Université d'Anvers.
"Les fraisiers ont servi de stations de mesure des particules", explique le professeur Roeland Samson, à l'origine du projet avec la doctorante Jelle Hofman. "La matière particulaire collectée sur et dans les feuilles reflète fidèlement la qualité de l'air local."
Sur le millier de participants, 720 ont renvoyé leurs feuilles à l'université. "Malheureusement, certaines plantes n'ont pas survécu aux premières semaines sèches du printemps, et d'autres ont été volées", note le professeur. "À leur arrivée au labo, nous mesurons la taille des feuilles pour normaliser la quantité de particules détectée : les grandes feuilles captent plus de poussière fine. Les feuilles sont ensuite placées dans un bocal et exposées à un champ magnétique. Les particules magnétisables, comme celles contenant du fer, deviennent visibles au microscope électronique. Sur cette base, nous estimons la concentration de PM à laquelle la plante a été exposée. Avant les vacances d'été, nous publierons une carte précise des particules fines à Anvers et dans ses quartiers."
La qualité de l'air est actuellement mesurée via trois stations fixes en ville, mais cela reste limité. "Trois points ne suffisent pas à cartographier la pollution", indiquait Jelle Hofman avant le lancement. "À dix mètres d'une station, les concentrations peuvent varier. L'équipement professionnel est trop coûteux pour une couverture étendue, alors que les fraisiers sont abordables et faciles à distribuer." Les premiers résultats préliminaires (quartier Anvers-Nord) confirment des écarts significatifs entre zones proches.
La méthode AIRbezen est relative : elle dépend du type de plante et des conditions météo. "Une forte pluviométrie réduit l'accumulation de poussière", précise Roeland Samson. "Nous comparons donc les résultats entre plantes identiques mesurées simultanément. Des fraisiers ont aussi été placés près des stations officielles du Vlaamse Milieu Maatschappij pour valider les données."
Le projet se poursuit : les chercheurs surveillent désormais la croissance des fraises. "Les volontaires envoient des photos régulières. Nous explorerons si la qualité de l'air influence leur développement." (ks)
Plus d'infos : www.uantwerpen.be/airbezen