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Dépistage du cancer : les bénéfices sur la mortalité globale pas toujours prouvés, selon des experts du BMJ

Les scientifiques de la revue British Medical Journal (BMJ) soulignent que la réduction des décès dus à un cancer détecté par dépistage ne prouve pas l'utilité globale de cette pratique. Plusieurs études montrent en effet que le nombre total de décès ne diminue pas, et peut même augmenter.

Dépistage du cancer : les bénéfices sur la mortalité globale pas toujours prouvés, selon des experts du BMJ

Les risques du traitement post-dépistage

Les complications liées au traitement d'un cancer détecté précocement peuvent contrebalancer les avantages. Par exemple, un test PSA positif pour le cancer de la prostate mène souvent à une biopsie invasive, puis à une chirurgie ou radiothérapie, avec des risques mortels pour certains patients. De même, les traitements du cancer du sein (mastectomie, radiothérapie, chimiothérapie) comportent des dangers significatifs.

Les études actuelles sur les bénéfices et inconvénients du dépistage manquent de puissance statistique pour détecter des effets sur la mortalité globale. Des essais impliquant des millions de participants, jusqu'à cinq fois plus vastes, seraient nécessaires, selon les chercheurs américains.

Le dépistage génère aussi des faux positifs : diagnostics erronés ou traitements inutiles pour des tumeurs indolentes qui n'auraient jamais posé problème. Cela entraîne anxiété, traitements superflus et risques associés.

Les risques du traitement peuvent l'emporter sur les avantages d'une détection précoce.

Le cas du cancer de la prostate

Ce cancer est fréquent sous forme bénigne : 4 hommes sur 10 de plus de 80 ans en sont atteints sans symptômes. Bien qu'il soit le plus courant chez les hommes belges, seuls 4 % en décèdent. Le dépistage expose les formes inoffensives à des traitements risquant impuissance et incontinence.

Tous les cancers ne se valent pas

Patrik Vankrunkelsven, professeur à la KU Leuven et directeur du Center for Evidence-Based Medicine (CEBAM), partage ces réserves. « Les études doivent être affinées, mais un consensus existe pour le dépistage du col utérin et colorectal. »

L'âge compte aussi. Le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) valide le dépistage du sein chez les femmes de 50-69 ans, mais le déconseille avant 50 ans (tumeurs rares, denses, agressives ; risque de cancer radio-induit) et après 69 ans (surdiagnostic).


Cancer de la prostate

Sur 10 000 hommes de 55-69 ans dépistés, 16 % ont un résultat suspect, dont 76 % faux positifs : pas de cancer réel.

Dépistage du cancer : les bénéfices sur la mortalité globale pas toujours prouvés, selon des experts du BMJ

Jo Robays (KCE) nuance : « Les mega-études demandées sont irréalisables, car traitements et méthodes évoluent vite. Les essais randomisés sont l'or standard, mais éthiquement limites pour certains dépistages prouvés comme le VPH. »

Une communication transparente

Basé sur les données actuelles, pesez avantages et inconvénients. « Choisissez un médecin ouvert au débat approfondi », conseille David Newman (BMJ). Les incitations financières biaisent parfois les praticiens.

Des brochures du CEBAM, KCE et VLK informent patients et médecins sur sein et prostate pour une décision éclairée.


Conséquences du dépistage du sein

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Liens utiles :

  • Brochure sur le dépistage du cancer de la prostate pour patients
  • Synthèse du rapport de dépistage du cancer du sein

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