Une condition sous-diagnostiquée est responsable d’un quart des crises cardiaques chez les femmes de moins de 50 ans.

Un type spécifique de crise cardiaque touche les jeunes femmes sans facteurs de risque cardiovasculaire traditionnel. Il s’agit d’une dissection spontanée de l’artère coronaire (SCAD), causée par une déchirure ou un saignement dans la paroi d’un vaisseau sanguin sain. Contrairement à l’infarctus classique, lié à une artère athéroscléreuse, la SCAD survient chez des patientes en bonne santé apparente.
Cette pathologie, nommée Spontaneous Coronary Artery Dissection (SCAD), est restée longtemps sous-estimée. « Les médecins apprennent en formation qu’une crise cardiaque chez une jeune femme sans facteurs de risque est rarissime », explique la cardiologue Sofie Gevaert de l’UZ Gent. Ce n’est qu’à partir de 2009, grâce à une patiente américaine mobilisant les victimes, que la SCAD a émergé.
Sofie Gevaert a conduit la première étude belge sur le sujet, analysant les dossiers de femmes traitées pour crise cardiaque à l’UZ Gent entre 2007 et 2017. Résultat : 18 % des femmes de moins de 50 ans étaient atteintes de SCAD, montant à 43 % en excluant celles avec facteurs de risque multiples. À l’hôpital Middelheim d’Anvers, 26 % des 102 patients de moins de 50 ans admis pour crise cardiaque entre 2013 et 2017 présentaient une SCAD.
« Il est frappant de constater que les trois quarts des patientes présentent aussi une anomalie de la paroi vasculaire, touchant surtout les femmes autour de la cinquantaine. » Sofie Gevaert, cardiologue UZ Gent
Les mécanismes exacts de la SCAD chez ces femmes en bonne santé restent à élucider, mais une combinaison de facteurs est suspectée. Notamment, 75 % des cas s’accompagnent d’une fibromusculaire dysplasie, anomalie vasculaire favorisant dilatations ou rétrécissements, prévalente chez les femmes quinquagénaires.
Des déclencheurs sont aussi identifiés : effort physique intense (comme lors d’un accouchement) ou stress émotionnel extrême.
Un registre européen des patients SCAD sera lancé en avril, pour analyser de vastes données et mieux cerner la maladie.
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