Le COVID-19 est particulièrement mortel chez les personnes âgées atteintes de comorbidités. Pourtant, certains jeunes, y compris des enfants, développent des formes graves, parfois fatales. Les scientifiques explorent les facteurs génétiques pour expliquer ces cas rares.
La jeune fille de 12 ans originaire de Gand, décédée du COVID-19, est le premier enfant en Belgique pour qui la maladie s'est avérée fatale. Les experts s'accordent : ce cas est exceptionnel. Mais pourquoi la maladie reste bénigne chez la plupart des enfants et mortelle chez certains ?
"Il ne faut pas se limiter au virus, mais examiner aussi la réponse immunitaire de l'hôte", explique Isabelle Meyts, pédiatre et experte en troubles immunitaires congénitaux à l'UZ Leuven. Elle participe à une étude internationale cherchant à relier les formes graves du COVID-19 à des mutations génétiques spécifiques. "Nous nous intéressons d'abord aux gènes impliqués dans la production d'interférons", précise-t-elle. Ces protéines, sécrétées par les cellules infectées, sont essentielles à la réponse immunitaire initiale. Un déséquilibre – trop ou trop peu – peut compromettre cette défense. Certaines variantes génétiques pourraient ainsi affaiblir ou exagérer la réaction immunitaire.
Pour d'autres infections généralement bénignes comme l'herpès ou la grippe, des variantes génétiques sont déjà identifiées, rendant ces maladies potentiellement mortelles chez une minorité. Le médecin français Jean-Laurent Casanova, pionnier en la matière, considère les infections comme partiellement génétiques. Il a notamment découvert des défauts génétiques perturbant la production d'interférons face au virus de la grippe.
"Les théories classiques se focalisaient sur le pathogène ou les facteurs environnementaux", note Meyts. "La malnutrition ou les infections répétées affaiblissaient l'immunité, mais ces risques diminuent en Occident. Il est donc crucial de suspecter un déficit immunitaire sous-jacent en cas de forme grave."
'On attribue trop vite la mortalité infantile due aux infections à la "malchance"Isabelle Meyts, pédiatre et experte en troubles immunitaires congénitaux (UZ Leuven)
L'Université Rockefeller, où travaille Casanova, coordonne cette recherche internationale sur le COVID-19. Les génomes de patients de moins de 50 ans ayant développé une forme grave sont analysés et comparés à ceux de personnes saines dans des bases de données mondiales. Une autre étude oppose les profils génétiques de cas légers, graves et fatals.
"Dans le meilleur des cas, des résultats émergeront dans trois mois", estime Meyts. Une fois identifiées, ces variantes pourraient guider des traitements ciblés et justifier une surveillance accrue, comme une vaccination prioritaire.
Selon l'experte, cette recherche apporte aussi un sens aux tragédies : "Le décès d'un enfant de 12 ans nous choque à juste titre, mais chaque année, une douzaine d'enfants meurent d'infections banales comme la grippe. On y voit trop vite de la malchance. Pour les parents endeuillés, dépister l'immunité et analyser l'ADN offre une explication et prévient les risques chez les frères et sœurs porteurs des mêmes mutations."