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Sens du toucher perturbé chez les personnes autistes : une étude cérébrale majeure de l'Université de Gand

Chez les personnes autistes, le traitement cérébral des sensations tactiles se déroule différemment de celui des personnes neurotypiques.

Sens du toucher perturbé chez les personnes autistes : une étude cérébrale majeure de l Université de Gand

Le sens du toucher joue un rôle plus central dans l'autisme que ne le laissaient supposer les recherches antérieures. C'est la conclusion de la thèse doctorale menée par la psychologue Eliane Dewriter, de l'Université de Gand. "Des études précédentes, basées sur des questionnaires auprès de grands groupes de personnes autistes, avaient déjà établi un lien fort entre les troubles tactiles et les difficultés sociales. Notre recherche démontre pour la première fois, au niveau cérébral, qu'une altération du traitement tactile est associée à des hypersensibilités sensorielles et à des défis sociaux", explique-t-elle.

Dans une série d'expériences impliquant 38 participants, Dewriter et ses collègues ont présenté un écran montrant une main touchant une surface avec l'index ou le majeur, tout en stimulant simultanément le même doigt – ou un autre – chez les sujets. L'électroencéphalographie (EEG) a révélé que, chez les non-autistes, le cerveau distingue en 300 millisecondes si les stimuli correspondent. "Une correspondance génère une activité cérébrale accrue, tandis qu'une discordance la réduit", précise Dewriter. Cela facilite la compréhension des actions d'autrui. Chez les autistes, cependant, l'activité ne diminue pas en cas de non-correspondance, suggérant une difficulté à attribuer correctement les stimuli tactiles aux actions des autres.

Neurones miroirs

Ce mécanisme repose sur les neurones miroirs, qui activent notre cerveau de manière similaire lorsque nous agissons ou observons une action chez autrui – comme "ressentir" une douleur vue chez quelqu'un d'autre. Contrairement à une idée reçue récente, les personnes autistes ne présentent pas une moindre activité de ces neurones, mais peinent à discriminer leurs propres stimuli des "miroirs" observés.

Depuis 2013, les troubles sensoriels figurent dans le DSM-5 comme symptôme des troubles du spectre autistique (TSA) : hypersensibilité au bruit ou à la lumière, aversion au contact physique, ou insensibilité à la douleur ou au froid.

"Le choix du toucher n'est pas anodin, contrairement à la vue ou l'ouïe, partagées objectivement. Les sensations tactiles étant subjectives, il est essentiel de les distinguer des celles d'autrui pour une interaction fluide", note Dewriter.

Ce traitement altéré cause-t-il les symptômes autistiques ? "Attention à la causalité : nous observons des corrélations entre troubles tactiles cérébraux, hypersensibilités et difficultés sociales, mais non une relation de cause à effet. Cette première étude porte sur des adultes ; des recherches chez les enfants sont en cours pour confirmer ces résultats", tempère l'experte.

Les travaux de Dewriter éclairent la compréhension de l'autisme et pourraient inspirer de futures thérapies, comme la stimulation cérébrale. "C'est encore prématuré", conclut-elle. (lg)

Cette recherche est parue dans Social Cognitive and Affective Neuroscience. Les adultes diagnostiqués TSA souhaitant participer à des études futures à l'Université de Gand peuvent contacter : explora@ugent.be


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