Une carence en fer provoque généralement une anémie ferriprive, accompagnée de fatigue, maux de tête, palpitations, essoufflement et extrémités froides. Une récente analyse de données taïwanaises met en lumière un lien avec des troubles de santé mentale : l'étude associe l'anémie ferriprive à un risque accru de troubles psychiatriques.
Les chercheurs ont comparé les diagnostics psychiatriques chez des patients adultes atteints d'anémie ferriprive à ceux sans cette carence, en les suivant sur un an. Grâce à un modèle statistique évaluant les corrélations, ils ont conclu que le groupe carencé présentait plus de diagnostics de troubles anxieux, dépression, troubles du sommeil et psychoses.
Cette découverte est significative, car la carence en fer touche plus de 2 milliards de personnes dans le monde, l'une des plus courantes. Une femme sur cinq subit des pertes menstruelles importantes ; les femmes enceintes, avec des besoins accrus, peuvent aussi développer des carences temporaires.
Le Pr Patrick Santens, neurologue à l'UGent, souligne que l'étude taïwanaise n'explore pas les causes de la carence en fer, souvent liées à des troubles neuropsychiatriques : « Une carence peut résulter d'un apport réduit dû à une alimentation insuffisante ou déséquilibrée, comme chez les personnes en pauvreté ou suivant un régime restrictif. Ces facteurs sont eux-mêmes des risques pour les troubles neuropsychiatriques. Une mauvaise nutrition prénatale peut aussi affecter le développement enfantin. Prouver un lien direct isolé est donc ardu. »
Selon lui, isoler l'effet de la carence en fer est complexe. L'absorption du fer implique interactions entre organes, protéines, minéraux et enzymes : « Des anomalies à n'importe quelle étape peuvent causer une carence et des dysfonctionnements cérébraux indépendants, compliquant l'analyse. »
« Chez adultes et seniors, la carence survient souvent par pertes accrues, comme saignements menstruels ou micro-hémorragies digestives dues à infections gastriques, ulcères ou troubles intestinaux », explique Santens. « Le stress favorise ces pathologies. Un lien unique avec la carence est donc multifactoriel. »
Des études antérieures confirment le rôle clé du fer dans le développement et le fonctionnement cérébral, notamment dans la régulation des neurotransmetteurs comme le glutamate et le GABA. Une carence pourrait ainsi altérer mémoire, comportement et émotions.
Le fer produit l'hémoglobine, transportant l'oxygène au cerveau. Le Pr Kurt Audenaert, psychiatre à l'UGent, lie cela à l'étude : « Moins d'oxygène réduit l'énergie, causant fatigue et symptômes dépressifs. » Santens ajoute que la fatigue domine, mais note un lien fort avec le syndrome des jambes sans repos (agitation nocturne des jambes), traité par fer en cas de carence.
L'étude montre que les suppléments de fer chez les anémiques ferriprives réduisent le risque psychiatrique, surtout pour les troubles du sommeil. Avec d'autres suppléments, le risque persiste.
Le Pr Audenaert met en garde : pas d'automédication. Un excès de fer est risqué. Consultez un médecin pour diagnostic et traitement adapté.