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La migraine : bien plus qu'un simple mal de tête, expliquée par des neurologues expertes

La migraine est une pathologie souvent méconnue et sous-estimée, même par certains médecins. Cela peut mener à des diagnostics erronés, des traitements inadaptés, voire des interventions chirurgicales inutiles. « Vous devez apprendre à identifier vos déclencheurs personnels », conseille la neurologue Anneke Govaerts.

Chaque jour, le Dr Govaerts reçoit des patients souffrant de maux de tête intenses, qui s'avèrent presque toujours être des migraines, même s'ils l'ignoraient. Ses collègues, les Dr Adinda De Pauw et Annick Verstappen, partagent cette expérience. Elles ont coécrit le livre Migraine, pour expliquer cette maladie et les actions concrètes que chacun peut entreprendre. Comprendre le mécanisme en jeu est essentiel : sans cela, on risque de traiter le symptôme au lieu de la cause, comme un cycliste qui graisse sa chaîne pour monter une côte alors que c'est son frein qui bloque.

Le Dr Anneke Govaerts a étudié la médecine à la KU Leuven. Spécialiste des maux de tête et vertiges, elle a travaillé un an dans un centre du sommeil à Chicago. Elle dirige le service de neurologie à l'hôpital régional Heilig Hart de Tirlemont et est consultante au Care Group Alexians. Avec les Dr Adinda De Pauw (AZ Damiaan, Ostende) et Annick Verstappen (hôpitaux GZA, Anvers), elle a écrit Migraine.

La migraine : bien plus qu un simple mal de tête, expliquée par des neurologues expertes

Quand qualifie-t-on un mal de tête de migraine ? Il dure au moins 4 heures sans traitement (jusqu'à 3 jours), est modéré à sévère, pulsatile, unilatéral, aggravé par le mouvement, avec nausées, vomissements ou hypersensibilité à la lumière/au bruit. Et cela s'est produit au moins 5 fois.

La migraine est-elle innée ?

« Le cerveau des migraineux est hypersensible aux stimuli en raison d'un dysfonctionnement sous-jacent. Normalement, il s'habitue aux stimuli inoffensifs répétés ; chez les migraineux, il reste surstimulé. Cette prédisposition est génétique, expliquant sa familialité. Mais elle ne garantit pas des crises systématiques ni leur intensité. Certains développent des migraines après un traumatisme, qui abaisse le seuil de surstimulation. »

Pourquoi la migraine est-elle minimisée, alors qu'un patient sur quatre finit aux urgences ?

« Tout le monde connaît les maux de tête, mais peu saisissent la gravité de la migraine. Invisible hors crises, elle est frustrante pour les patients qui 'mordent sur la douleur' en attaques légères et s'isolent en cas sévères. Historiquement associée à l'hystérie – un 'problème de femmes' –, elle est encore stigmatisée. »

Une crise de migraine : un processus en phases

« Avant le mal de tête, mes patients décrivent une fatigue générale, un brouillard mental, des bâillements, une légère nausée soulagée par la nourriture, des frissons ou une envie fréquente d'uriner. Ils l'ignorent souvent, pensant la migraine limitée au pic douloureux. Reconnaître ces prodromes permet d'anticiper : éviter un verre de vin ou se reposer tôt peut stopper la crise. Une prise rapide de médicament aide aussi. »

Comment prévenir les crises ?

« Imaginez un seau : chez les migraineux, il est petit. Les déclencheurs le remplissent ; au débordement, crise. Agrandissez-le par l'exercice (2,5 h/semaine améliorent sommeil et bien-être), la relaxation ou un traitement préventif adapté. Évitez vos déclencheurs personnels, mais autorisez-vous des écarts modérés pour une vie équilibrée. Ne blâmez jamais un patient pour une 'faute'. »


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