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Presque toutes les différences entre partenaires peuvent être surmontées : la puissance de la thérapie IBCT

« Nous sommes fatigués l'un de l'autre. » « Nos caractères s'opposent trop. » Ces motifs reviennent souvent quand un couple envisage la rupture. Pourtant, avec l'accompagnement adapté, une telle décision pourrait être évitée.

Donnez-nous la sérénité d'accepter ce que nous ne pouvons changer, le courage de changer ce que nous pouvons, et la sagesse de distinguer l'un de l'autre. Cette prière de la sérénité, reformulée au "nous", incarne l'essence de la Thérapie Comportementale de Couple Intégrée (IBCT), une approche encore peu connue en France. Il y a quelques années, la psychologue Pieternel Dijkstra a découvert cette méthode développée aux États-Unis à la fin du XXe siècle. Elle en a été immédiatement enthousiasmée. « Les couples sont souvent dans une impasse. Ils souhaitent que les choses changent, mais échouent à résoudre leurs conflits car ils se focalisent sur l'immuable. En IBCT, ils apprennent d'abord l'acceptation, puis acquièrent des outils pour transformer ce qui est modifiable dans leur relation. »

Pieternel Dijkstra et Aerjen Tamminga ont publié un ouvrage pratique destiné aux professionnels : IBCT Relationship Therapy : Treatment protocol in 10 sessions (2020). L'innovation réside dans les quatre premières séances axées sur l'acceptation, suivies de six séances inspirées des techniques comportementales traditionnelles.

Presque toutes les différences entre partenaires peuvent être surmontées : la puissance de la thérapie IBCT

Pieternel Dijkstra

Pieternel Dijkstra est psychologue sociale, chercheuse scientifique, auteure, formatrice, coach et thérapeute de couple. Elle a publié plus de vingt ouvrages sur divers sujets et pour différents publics.

Il est souvent ardu d'accepter pleinement son partenaire. Comment y parvenir ?

L'acceptation mutuelle émerge quand les partenaires dialoguent à partir d'émotions vulnérables comme la peur, l'incertitude ou le regret. Nous nommons cela connexion empathique. Elle forge un lien et une compréhension profonde, contrairement à la colère ou au mépris qui amplifient les écarts. Prenons l'argent, sujet sensible : elle dépense, il épargne. Si elle ramène un achat impulsif, il s'énerve. Je l'invite à explorer l'émotion sous-jacente – peut-être une solitude face à la charge financière. Exprimée, elle suscite l'empathie. Idéalement, les partenaires non seulement tolèrent leurs différences, mais les chérissent : l'un se détend, l'autre assume plus.

« L'acceptation mutuelle naît quand vous parlez à partir d'émotions douces, comme la peur, l'incertitude et le regret. »

« Sur le plan cognitif, l'acceptation s'installe via le détachement unifié : les partenaires observent leurs luttes de loin. Ils réalisent que leur schéma communicationnel destructeur est distinct de leur identité. 'Mon partenaire n'est pas un monstre, nous communiquons mal.' Ils perçoivent aussi les sensibilités de l'autre : 'Ma femme réagit vite aux critiques, vu son passé de harcèlement.' »

« Ainsi, la connexion émotionnelle plonge dans les affects, tandis que le détachement unifié offre une perspective rationnelle. Les partenaires peuvent enfin aborder sereinement leurs points de discorde. »

Certains traits posent encore des défis.

« Exact. L'objectif : développer une tolérance, ignorer les limites de l'autre. Comment atténuer l'impact de ces irritants inhérents ? Par exemple, si une femme souffre du côté casanier de son mari introverti, évaluons : est-ce grave ? Trouvons des compromis pour satisfaire partiellement son besoin de sorties. »

Comment discerner le changeable de l'immuable ?

« 'C'est comme ça que je suis' est un frein majeur. Certes, on a des traits fixes, mais les comportements qui en découlent sont modifiables. Imaginez un élastique : jusqu'où s'étirer pour la relation sans rompre ? Sortez de sa zone de confort sans vous briser. Un introverti à une soirée occasionnelle, pas tous les soirs. Si les partenaires le veulent, presque toutes les différences sont surmontables. »

L'IBCT naît du mécontentement face à la thérapie comportementale traditionnelle, mais les études montrent peu de supériorité à long terme.

« Les résultats sont similaires, mais le chemin diffère. La traditionnelle exige un changement immédiat ; l'IBCT priorise l'acceptation, facilitant ensuite les transformations. »

En EFT (thérapie centrée sur les émotions), les partenaires s'ouvrent aussi en sécurité. Quelle distinction avec l'IBCT ?

« L'EFT attribue les schémas destructeurs à un attachement insécure précoce. Son but : sécuriser l'attachement. L'IBCT ne réduit pas tout à cela – un introverti et un extraverti peuvent clasher malgré un attachement sain. L'IBCT vise l'acceptation des différences, quelles qu'en soient les origines. Pratique : EFT se vit en séance ; IBCT inclut des devoirs comportementaux pour entraîner de nouveaux modes de communication. »

Quel piège majeur pour les novices en IBCT ?

« S'accrocher au contenu. Ignorez le 'quoi', focalisez le 'comment'. Si un couple dévie vers la dispute malgré l'encouragement aux émotions douces, commentez : 'Je vois que c'est dur d'exprimer cela, qu'en pensez-vous ?' Ne résolvez pas à leur place ; qu'ils travaillent. »


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