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Les humains courent naturellement à une vitesse économisant l'énergie, quelle que soit la distance

Les joggeurs s'installent instinctivement à des vitesses optimales en termes d'économie énergétique, indépendamment de la distance parcourue, selon une étude publiée cette semaine par des biomécaniciens.

En analysant les données de coureurs sur tapis roulants et celles de milliers de joggeurs récréatifs équipés de trackers, les chercheurs ont démontré que les humains privilégient une vitesse minimisant la dépense calorique.

"Beaucoup pensent que l'on accélère pour les courtes distances et que l'on ralentit pour les plus longues", explique Jessica Selinger, biomécanicienne à l'Université Queen's de Kingston (Ontario) et co-auteure de l'étude. "Or, la vitesse reste constante, quel que soit le parcours."

Ces résultats, publiés le 28 avril dans Current Biology, intéressent athlètes, anthropologues et spécialistes en réadaptation.

"Cette recherche montre à quel point les humains cherchent à minimiser les coûts énergétiques, même lors d'exercices destinés à en dépenser plus", commente David Raichlen, biologiste évolutionniste à l'Université de Southern California, non impliqué dans l'étude. "Il est difficile de contrer cette tendance innée."

Des études antérieures sur les courses compétitives montraient des allures adaptées à la distance pour optimiser le temps. Mais pour les joggeurs récréatifs, le schéma diffère.

Selinger et son équipe ont examiné les données de 4 645 joggeurs ayant réalisé 37 201 courses de 1,6 à 11,3 km avec trackers. Les vitesses restent stables, avec un léger ralentissement au-delà de 10 km dû à la fatigue.

Par ailleurs, 26 étudiants ont couru à diverses vitesses sur tapis roulant pour mesurer la dépense énergétique. Leurs vitesses optimales correspondent à celles des joggeurs récréatifs similaires en âge, sexe et IMC, sur terrains plats.

"C'est un rythme confortable vers lequel on revient naturellement", note Selinger. "On peut aller plus vite en compétition, au-delà de l'optimum énergétique."

Cette vitesse varie selon le poids ou le sexe : en moyenne 2,65 m/s (8,7 pi/s) pour les femmes et 3,35 m/s (11 pi/s) pour les hommes (déduits des déclarations des utilisateurs). Ces chiffres concernent des jeunes adultes sportifs, non élites ; des études élargies sont prévues.

"Courir à votre vitesse énergétique optimale est idéal pour les bienfaits sur la santé mentale et la prévention des maladies."

— Jennifer Hicks, biomécanicienne à l'Université de Stanford

Les chercheurs exploreront l'impact de l'entraînement et des conditions environnementales. Des mesures directes en conditions réelles sont envisagées, selon Raichlen.

Comme chez les animaux (marche, galop, vol, nage), les humains optimisent l'énergie pour voyager plus loin avec moins de "carburant", explique Hicks, co-auteure. "Évolutivement, cela est logique."

Ces insights profitent aux entraîneurs et rééducateurs : comprendre les mouvements naturels guide les interventions.

Trackers et chaussures pourraient s'adapter à ces vitesses. "Peut-on redesigner une chaussure pour décaler légèrement l'optimum ?", s'interroge Hicks.

Pour brûler plus de calories, musique ou course en groupe aident à dépasser le rythme naturel. Hicks conseille : varier légèrement la vitesse.

Selinger précise : courir lentement allonge le temps, augmentant la dépense totale par km. Analogie automobile : vitesse optimale pour minimiser le carburant.

Au-delà des calories, la course renforce muscles et protège le cœur.

"Ne fixez pas sur les calories", conclut Hicks. "Votre rythme optimal offre santé mentale et protection maladie."

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