Une combinaison unique de caractéristiques anatomiques a transformé l'homme en maître du lancer il y a deux millions d'années. Un atout clé dans notre évolution, visible aujourd'hui au baseball.

L'homme est la seule créature sur Terre capable de propulser des objets avec une force et une précision inégalées. Une étude récente révèle pourquoi. Publiée dans Nature, elle démontre qu'une combinaison unique de muscles, tendons et ligaments, apparue chez Homo erectus il y a environ 2 millions d'années, a conféré à nos ancêtres cette aptitude exceptionnelle. La bipédie a libéré les mains, permettant le lancer d'objets – un avantage décisif pour la chasse, favorisant une alimentation plus riche et le développement d'un cerveau plus grand.
Le mouvement le plus rapide du corps humain est la rotation de l'épaule lors d'un lancer de baseball ou de javelot. Un joueur de 12 ans atteint déjà 100 km/h, tandis qu'un chimpanzé, pourtant plus fort, ne dépasse pas un tiers de cette vitesse et manque de précision. Des chercheurs des universités George Washington et Harvard ont analysé cela en filmant 20 lanceurs avec une caméra 3D et en restreignant leurs mouvements via des attelles. Résultat : ce n'est pas la force musculaire seule, mais l'énergie élastique stockée dans l'épaule qui assure cette performance.
Trois adaptations morphologiques clés expliquent cela : un tronc allongé pour une meilleure rotation (torse indépendant des hanches), des épaules plus basses réduisant l'effort, et une articulation scapulaire plus horizontale permettant un ample recul du bras. Ces traits ont permis d'accumuler plus d'énergie potentielle pour des lancers dévastateurs.
Les plus anciens javelots datent de 500 000 ans, mais nos ancêtres chassaient déjà il y a 2 millions d'années avec des bâtons pointus. « Pendant 1,5 million d'années, l'homme a utilisé des bâtons de bois effilés, nécessitant des lancers précis et puissants », explique le professeur Daniel Lieberman de Harvard.