Dans les quartiers défavorisés des villes au XIXe siècle, plus d'un enfant sur vingt avait un père biologique différent de celui indiqué à l'état civil.

Cette découverte provient d'une étude menée par Maarten Larmuseau (KU Leuven et Histories vzw), qui a analysé l'ADN de mille Flamands et Néerlandais en le confrontant à leurs arbres généalogiques. Les résultats montrent des écarts entre biologie et archives historiques.
"Le taux de 'coucou' (pourcentage d'enfants ayant un autre père biologique) est généralement de 1 à 2 %", explique le chercheur. "Nous pensions ce taux stable selon les classes sociales et générations. Mais en zoomant sur l'âge, la classe sociale et le lieu de résidence, nous avons identifié un pic marqué entre 1850 et 1900, surtout en ville et chez les classes inférieures."
Cette période correspond à la seconde révolution industrielle, avec une production de masse en usines et des logements exigus pour les ouvriers. L'image du film Daens évoque des viols et grossesses non désirées courants.
"Dans ces quartiers, les femmes étaient peu protégées contre les agressions", note Larmuseau, qui évoque aussi adultère et prostitution. "Le divorce était impossible, favorisant les liaisons extraconjugales. Les villes offraient plus d'anonymat qu'à la campagne, avec moins de contrôle social."
Ce résultat surprend même Larmuseau, qui hypothétisait un lien avec les grandes différences d'âge entre époux, comme dans les peintures de l'époque. "Aucune corrélation n'a été trouvée."
Les femmes des classes supérieures se montrent aussi "plus audacieuses" qu'attendu. "Des procès de bourgeois ou nobles portaient sur la paternité, et l'adultère est un thème récurrent en littérature, comme chez Shakespeare. Mais l'héritage rendait ces écarts risqués."
L'étude identifie la classe des mères, non celle des pères. Ces derniers pouvaient être des ouvriers ou des notables agressant des femmes pauvres.

Larmuseau soupçonne des taux plus élevés aujourd'hui dans certains groupes, mais des tests éthiques sont impossibles. D'où l'intérêt du passé.
L'analyse porte sur des duos masculins séparés de sept générations au moins. Des mismatches sur le chromosome Y indiquent un adultère ancestral.
Grâce à la science participative, Larmuseau a accédé à 500 arbres généalogiques, certains remontant au XIVe siècle. "Ces recherches exigent des années de travail des généalogistes amateurs", souligne-t-il.
Ses travaux antérieurs portent sur l'ADN espagnol en Flandre ou les noms français locaux, éclairant la vie des "gens ordinaires". "L'histoire scolaire se focalise sur rois et batailles ; ici, c'est le quotidien de la majorité."
Bientôt, une étude sur la lignée maternelle : participez via mamamito.be.
[]