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Le Darknet : les abysses sombres du World Wide Web

Le jeune homme auteur de la fusillade de Munich en 2016, qui a tué neuf personnes avant de se suicider, avait acquis son arme sur le Darknet, ce réseau clandestin où tout s'achète et se vend.

Le Darknet, un univers virtuel de destruction.

Les internautes ordinaires surfent sur le World Wide Web via des moteurs comme Google ou Bing, qui ne balaient qu'une fraction du net. Sous cette surface accessible se cache le Darknet, royaume des conspirations, crimes et plaisirs interdits, habité par terroristes, pédophiles, trafiquants et escrocs.

Réseaux sombres
Le Darknet regroupe des réseaux cachés, superposés à Internet, inaccessibles aux moteurs classiques. Décentralisés, ils routent le trafic via des proxies multiples pour garantir l'anonymat absolu. Logiciels comme WASTE, GNUnet ou RetroShare permettent échanges anonymes de fichiers, messagerie et forums.

Sur le réseau TOR, vous faites sur Internet ce que vous faites normalement, mais de manière totalement illégale et anonyme.

Certains Darknets, comme Freenet ou I2P, sont accessibles via clients open source. Le plus célèbre est TOR (The Onion Router), qui chiffre les données en couches successives via des routeurs aléatoires, rendant origine et destination indétectables. Les services .onion offrent web, blogs, forums et partages anonymes.

Honorable ou déshonorant ?
Développé dans les années 1990 par l'US Navy et la DARPA, TOR a été soutenu par des ONG pour protéger dissidents et lanceurs d'alerte contre censure et surveillance. Utilisé par l'EFF, WikiLeaks, journalistes et forces de l'ordre pour des opérations infiltrées.

Porno juvénile
Malgré ces nobles buts, le Darknet attire criminels pour trafics de drogue, armes, données volées et pédopornographie. Une étude de l'Université de Portsmouth (2014) révèle que 80 % du trafic vers services cachés TOR concerne des sites pédopornographiques, bien que minoritaires (2 % des services). Les sites de drogue dominent l'offre mais attirent moins de visites.

80 % du trafic vers les services Darknet concerne des sites de pédopornographie.

TOR conteste ces chiffres, arguant inclusions de visites policières. Quoi qu'il en soit, le Darknet héberge illégalités massives.

Wiki caché
Accès facile via TOR Browser Bundle (Firefox-based, portable). Le Hidden Wiki liste services .onion, mais nombreux liens morts ou arnaques. Étude Owen : un tiers des sites actifs après 6 mois.

De plus en plus de serveurs Darknet sont fermés lors d'opérations policières.

Forteresse imprenable ?
L'anonymat TOR n'est pas absolu. Opérations comme Onymous (2014) ont fermé 400 sites, saisi bitcoins et arrêté suspects (Silk Road 2, Freedom Hosting). FBI et DARPA (Memex) traquent activement. Le Darknet n'est plus un havre sûr.

Cet article est paru dans le magazine Eos, juin 2015.

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