L'un des effets les plus visibles du changement climatique est le blanchissement des coraux. Avec la hausse mondiale des températures, les eaux se réchauffent, stressant les coraux et les poussant à expulser leurs algues symbiotiques. Les récifs perdent ainsi leur principale source d'énergie et deviennent vulnérables aux maladies.
Ce phénomène s'est répété récemment. En 2020, la Grande Barrière de Corail en Australie a subi son troisième blanchissement majeur en cinq ans, avec un risque d'un nouveau d'ici fin mois. Dans les cas extrêmes, cela entraîne une mortalité massive, impactant les communautés de poissons et les populations humaines dépendantes des récifs pour l'alimentation et les revenus.
En 1998, les Seychelles ont été frappées par une vague de chaleur dévastatrice, anéantissant près de tous les coraux. Vingt ans plus tard, les chercheurs observent que la moitié des récifs s'est reformée, tandis que l'autre est dominée par des algues. Une équipe internationale a récemment découvert que les populations de poissons, même autour des zones les plus dégradées, affichent une santé nutritionnelle surprenante pour l'homme. Leurs résultats, publiés hier dans OneEarth, sont étonnants.
"Les Seychelles sont idéales pour étudier le rôle nutritionnel du poisson, car il constitue un aliment de base", explique James Robinson, écologiste des récifs à l'Université de Lancaster (Royaume-Uni) et auteur principal.
Accompagné de pêcheurs locaux, Robinson a collecté des échantillons de 43 espèces de poissons tropicaux sur des sites récupérés et algueux. Les muscles congelés ont été analysés pour leur teneur en minéraux et acides gras essentiels.
"Nous avons comparé la valeur nutritionnelle des poissons de récif au poulet, porc et bœuf. Résultat : ils sont équivalents ou supérieurs, soulignant l'importance des récifs pour la santé humaine", ajoute-t-il.

Plus surprenant : les poissons des zones algueuses sont encore plus nutritifs post-blanchissement qu'avant 1998. La biomasse a augmenté, enrichissant les nutriments. Les récifs algueux offrent plus de fer et zinc que les sites en récupération, grâce à un réseau trophique enrichi par des macroalgues nutritives.
"Malgré des impacts climatiques sévères, les récifs des Seychelles continuent de fournir une nourriture de qualité", note Robinson.
Tous les récifs blanchis ne deviennent pas productifs : certains sont envahis par des algues turf, moins étudiées. D'autres blanchissements récents pourraient différer. Cette étude insiste néanmoins sur la nécessité de protéger les récifs pour sécuriser l'alimentation, même après perturbation climatique.
Aux Seychelles, 90 % de la nourriture est importée. Mondialement, le climat menace agriculture et pêche.
"Gérons les récifs pour préserver cet approvisionnement et anticiper le blanchissement. La surpêche risquerait de diluer ces bénéfices nutritionnels. Protégeons-les pour la santé alimentaire", conclut Robinson.