FRFAM.COM >> Science >> Environnement

Pourquoi les agriculteurs s'opposent-ils aux interdictions de pesticides toxiques malgré les risques pour les communautés agricoles ?

Fin novembre, le sénateur Cory Booker (D-NJ) a présenté le Protect America's Children from Toxic Pesticides Act of 2021 (PACTPA), visant à interdire des insecticides dangereux comme le paraquat, l'un des herbicides les plus toxiques au monde, dans l'agriculture américaine. Ce projet de loi mettrait à jour la loi fédérale sur les insecticides, fongicides et rodenticides de 1972 (FIFRA), en proscrivant les substances prouvées nocives pour la santé publique et l'environnement.

Les pesticides ont fait les gros titres cette année. En août, l'Agence de protection de l'environnement (EPA) a enfin interdit le chlorpyrifos, qualifié par le Natural Resources Defense Council (NRDC) de « pesticide le plus toxique et le plus utilisé sur le marché ».

Cependant, cette interdiction reste un succès limité. Des produits comme le dicamba, lié au cancer, ont été réautorisé en octobre 2020 après une brève suspension.

Les insecticides visent à protéger fruits et légumes des ravageurs, mais leurs résidus voyagent sur des kilomètres. Le chlorpyrifos est particulièrement dangereux : une exposition précoce chez les enfants est associée à des troubles respiratoires, des retards de développement, des baisses de QI, des troubles d'apprentissage et un risque accru de TDAH, selon le NRDC.

Ces impacts touchent disproportionnellement les communautés agricoles ouvrières et défavorisées, souvent issues de minorités, qui manquent de ressources pour pallier ces handicaps scolaires et comportementaux. « Les effets des toxines comme le chlorpyrifos sur les communautés à faible revenu et de couleur ne sont ni nouveaux ni accidentels », note la journaliste Amy Roost dans Talk Poverty.

Malgré cela, plus de 80 groupes agricoles ont contesté l'interdiction du chlorpyrifos, arguant d'une chute des rendements de 45 % sans cet outil essentiel. Des arguments similaires ont été avancés pour le dicamba par l'American Farm Bureau Federation (AFBF) et l'American Soybean Council (ASC).

« Il est consternant que l'EPA retire une molécule si cruciale sans consulter l'USDA ou les parties prenantes », déplore Mike Van Agtmael, producteur de cerises dans le Michigan. « Le chlorpyrifos est indispensable contre les foreurs de tronc ; sans lui, nos 4 millions de cerisiers – représentant 75 % des cerises acidulées américaines – sont menacés. »

Les risques persistent : une étude récente montre une résistance du chanvre au dicamba. Sans chlorpyrifos, les agriculteurs recourent à des alternatives plus coûteuses et inefficaces contre les ravageurs résistants comme les pucerons du soja.

Malgré les alertes depuis les années 1960, les restrictions ont été lentes : retrait des produits ménagers en 1990, zones tampons en 2012, évaluations en 2014-2020. Laurie Beyranevand, de la Vermont Law School, plaide pour une approche préventive comme en UE : « Là-bas, la sécurité prime ; aux États-Unis, il faut prouver le préjudice. »

Miriam Rotkin-Ellman (NRDC) appelle l'EPA à bannir proactivement ces substances : « Les agences doivent éliminer les mauvais produits et promouvoir une agriculture saine. »

[]