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Brûlages dirigés : une solution prouvée contre les incendies de forêt, freinée par les obstacles politiques

Madeline Ostrander est une journaliste scientifique indépendante basée à Seattle. Son prochain livre, At Home on an Unruly Planet (Henry Holt and Co., 2022), explore l'impact de la crise climatique sur les Américains chez eux.

Cet article a été publié initialement sur Sombre.

Un incendie de forêt peut consumer un arbre, mais l'inverse est aussi vrai : un arbre peut influencer un incendie. Le pin ponderosa, par exemple, s'est adapté au feu. Ce conifère a évolué pour cohabiter avec les flammes, les utilisant même pour sa survie.

Peu exigeant sur son habitat, il domine les forêts sèches de moyenne altitude dans l'Ouest de l'Amérique du Nord. En grandissant, il laisse tomber ses longues aiguilles vertes, formant un tapis idéal pour des feux rapides, chauds et superficiels.

Quand les flammes arrivent, le pin ponderosa les défie : son écorce épaisse se détache en plaques, propageant le feu au sol tout en se renouvelant. Après l'incendie, le sol nu favorise la germination des semis.

C'est l'idéal pour cet arbre. Adapté au feu modéré, il ne résiste pas aux brasiers extrêmes, comme un humain à l'eau bouillante. Ces dernières années, les incendies trop intenses ont dépassé ses limites.

Ainsi, en octobre 2020, Cody Desautel, directeur des ressources naturelles des tribus confédérées de la réserve de Colville (Washington), inspecte les dégâts des mégafeux de septembre. Sa communauté excelle dans les brûlages dirigés, ou "bons feux", qui élaguent les forêts, réduisent les combustibles et préparent les arbres à survivre aux futurs incendies.

La réserve de Colville, vaste de 1,4 million d'acres (près de deux fois Rhode Island), abrite 4 000 membres de 12 tribus autochtones. Desautel, issu de la tribu des Lacs (Sinixt), a géré l'équilibre feu-arbre-humain pendant 20 ans. La tribu a restauré 200 000 acres, notamment via des brûlages dirigés, pratique ancestrale autochtone et limitée ailleurs par les agences fédérales et privées.

Pourtant, la gestion américaine des feux privilégie l'extinction. Historiquement réticentes, les agences fédérales reconnaissent aujourd'hui l'utilité des brûlages, mais manquent de fonds, font face à l'opposition publique (fumée, flammes) et à des barrières réglementaires.

Avec le changement climatique aggravant les conditions incendiaires, et après les saisons catastrophiques de 2020 et 2021, les brûlages gagnent en visibilité. Des sénateurs comme Ron Wyden, Maria Cantwell ou Dianne Feinstein poussent des lois favorables. Mais en pratique, réticences persistent : en 2020, le US Forest Service suspend les brûlages en Oregon, Washington et Californie pour cause de Covid-19.

L'été 2020 marque un record : chaleur extrême, vents violents brûlent des millions d'acres, détruisent des milliers de maisons. La réserve Colville perd 81 habitations.

Les médias couvrent la tragédie, mais ignorent les détails : à l'échelle forestière, les brûlages dirigés font la différence.

Un mois après, Desautel visite des zones brûlées près d'Inchelium. L'incendie Inchelium a ravagé 19 000 acres et 12 bâtiments. Pourtant, un brûlage de 2000 (1 000 acres de pins ponderosa) a tenu bon.

Il gare sa camionnette et pénètre le paysage calciné.

Brûlages dirigés : une solution prouvée contre les incendies de forêt, freinée par les obstacles politiques

Imaginer un "bon feu" est difficile pour la plupart. Avant la colonisation européenne, les peuples autochtones géraient prairies et forêts par le feu, favorisant faune et cultures comme le camas. Au XXe siècle, le US Forest Service lance une guerre au feu : politique "10h du matin" (extinction en 24h), Smokey Bear prônant la vigilance.

Si Smokey a sensibilisé, il a diabolisé tout feu. Depuis les années 1970, experts reconnaissent que les forêts ont besoin du feu. Mais les brûlages peinent face aux budgets anti-incendie massifs.

Susan Prichard, écologiste à l'Université de Washington, confirme : les brûlages rendent les incendies moins destructeurs. Études sur le Tripod Fire (2006, 175 000 acres) montrent des taux de survie d'arbres élevés dans les zones brûlées dirigées auparavant. Simulations prouvent un feu en "patchwork" moins dévastateur.

Une étude au Lassen Volcanic National Park valide leur complémentarité avec la lutte anti-incendie.

Mais les brûlages restent petits face aux mégafeux modernes. Des cas prouvent leur efficacité.


En 2015, mégafeux en Washington. Complexes Okanogan et Tunk ravagent près de Colville ; North Star Fire touche la réserve. Tous >100 000 acres.

Le Okanogan croise des zones brûlées dirigées à Sinlahekin (14 000 acres). Pas d'arrêt total, mais impact réduit.

Dale Swedberg, biologiste, initie les brûlages à Sinlahekin dans les 2000s. Recherches sur cernes d'arbres révèlent feux fréquents (5-15 ans) pré-XXe siècle, souvent humains.

Début difficile (2005 : échec), succès après 2010 avec expert. Techniques précises : lignes de feu, torches goutte-à-goutte, adaptation au terrain.

Aussi mignon que soit Smokey, certains écologistes estiment maintenant qu'il a trop bien appris au public à craindre tout incendie et ses conséquences.

Éclaircie préalable si nécessaire. Objectifs précis : protéger pins anciens, flammes contrôlées (2-6 pieds).

La terre renaît : arbustes, pins vigoureux. Swedberg voit les forêts "assoiffées de feu".

2015 : Lime Belt Fire teste Sinlahekin. Autour de Blue Lake (brûlages 2013), feu affaibli ; lignes stoppent l'avancée. Côté non-traité : carbonisé ; côté traité : épargné. "Je t'avais prévenu", plaisante Swedberg.

Rapport 2017 confirme réduction d'impact.

"L'absence de feu n'est pas une option", dit Swedberg.

Brûlages dirigés : une solution prouvée contre les incendies de forêt, freinée par les obstacles politiques

Chez Colville, le feu est culturel. Desautel évoque arrière-grand-mère : forêts ouvertes fin XIXe. Générations brûlaient librement.

Enfance : allumer herbes sous surveillance. Noms comme Smoke Ranch rappellent cela.

Aujourd'hui, réglementations strictes (BIA, notifications). Mais tribu persiste.

Desautel planifie brûlages : repérage, équipes équipées, hélicos si besoin, contingencies. Erreurs rares, moindres qu'incendies sauvages.

2014 Carlton Complex : 300 maisons perdues. 2015 : 12 sur réserve. Pourtant, traitements protègent : satellites montrent survie arbres vs. USFS.

Brûlages isolent Colville d'un "Paradise" (2018, Californie).

Brûlages dirigés : une solution prouvée contre les incendies de forêt, freinée par les obstacles politiques

Octobre 2020 : zones non-traitées dévastées. Pins denses, échelles combustibles : mortalité massive.

Zone brûlée 2000 : canopée intacte, feu rasant.

Climat : brûlages stratégiques essentiels ? Agences hésitantes (Newsom, USDA 2021). Modèles prédisent feux pires.

2021 : nouveaux évacuations Colville.

Desautel prône : combattre ou laisser (feux contrôlés). Changement culturel vital.

Aînés rappellent : "Préparez pour le gros feu." Passé guide l'avenir. Autrefois, "aucune règle contre".

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