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Les poissons récupèrent rapidement des niveaux élevés de mercure après réduction de la pollution

Une étude encourageante révèle que la réduction de la pollution au mercure dans les plans d'eau permet une baisse rapide des niveaux de cette substance toxique dans les poissons et fruits de mer.

Des scientifiques ont surveillé les niveaux de mercure chez les poissons et invertébrés d'un lac canadien pendant 15 ans. Durant les sept premières années, ils ont introduit du mercure dans le lac. Une fois cet apport stoppé, les concentrations de contaminants ont chuté rapidement chez les petits et grands poissons en quelques années seulement.

« Cette démonstration montre que les politiques de réduction de la pollution au mercure sont efficaces et que les niveaux seraient bien plus élevés sans elles », explique Paul Blanchfield, chercheur chez Pêches et Océans Canada. Ses équipes ont publié ces résultats le 15 décembre dans Nature.

Bien que naturel, une grande part du mercure environnemental provient d'activités humaines comme l'exploitation minière ou les émissions des centrales au charbon, précise Blanchfield. Transporté sur de longues distances atmosphériques, il se dépose dans les lacs, rivières et bassins versants. Dans les écosystèmes aquatiques, les microbes le transforment en méthylmercure, une forme hautement toxique.

« Ce composé s'accumule à chaque niveau de la chaîne alimentaire », note Blanchfield. « Les poissons prédateurs, que nous consommons, affichent les concentrations les plus élevées, jusqu'à un million de fois supérieures à celles de l'eau environnante. »

La plupart des gens portent de faibles doses de méthylmercure sans risque. À doses élevées, cette neurotoxine puissante altère parole, ouïe, démarche et vision.

Établir un lien clair entre réduction de la pollution et baisse du méthylmercure dans les poissons est complexe, en raison de variables comme la pêche ou les espèces invasives.

Pour étudier cela, les chercheurs se sont tournés vers les lacs expérimentaux de l'Institut international du développement durable, au nord-ouest de l'Ontario. Ils ont ciblé un lac abritant brochets (prédateurs), perchaudes (proies) et corégones (fond).

Pendant sept ans, ils ont ajouté divers isotopes de mercure en surface du lac et zones adjacentes, distinguant mercure neuf et ancien. Les concentrations de méthylmercure ont grimpé de 45 à 57 % chez invertébrés et petits poissons, et plus de 40 % chez les grands.

La majeure partie provenait de l'ajout direct au lac ; peu des zones humides ou hautes terres.

Après arrêt des ajouts, les isotopes ont chuté de 81 % dans l'eau, 35 % dans les sédiments, 66 % dans le zooplancton en trois ans. Fin d'étude : -85 % chez petits poissons, -76 % brochets, -38 % corégones.

Chez les individus suivis, les niveaux stagnaient, mais au niveau population, la chute était rapide grâce aux jeunes poissons non exposés initialement.

Le méthylmercure baissait plus lentement chez corégones (gros, longs-vivants) que brochets.

La rapidité de la réponse a surpris les chercheurs.

Toutefois, le mercure des zones adjacentes pourrait encore arriver, mais réagiraient identiquement : montée puis chute rapide.

Ces données guident la gestion du mercure, souligne John Rudd, co-auteur et ancien scientifique en chef des lacs expérimentaux.

« Le mercure est du mercure partout. Les réglementations doivent viser la charge totale dans les lacs, pas seulement les dépôts atmosphériques directs », insiste Rudd.

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