Extrait de Le parfum secret des oiseaux : découvrir la science de l'odeur aviaire, par Danielle J. Whittaker. Copyright 2022. Publié avec l'autorisation de Johns Hopkins University Press.
"Les oiseaux n'ont pas d'odorat, donc je ne comprends pas pourquoi vous étudieriez ça de toute façon."
Cette déclaration surprenante, lancée avec désinvolture par le neurobiologiste Dr. Jim Goodson alors que nous patientions à la cafétéria à l'heure du déjeuner, m'a prise au dépourvu. Chaque forme de vie, y compris les plantes et les bactéries, détecte les composés chimiques de son environnement. Les sens chimiques – odorat et goût – sont essentiels pour éviter les substances toxiques comme les poisons et repérer les ressources bénéfiques comme la nourriture. Pourtant, un biologiste éminent affirmait qu'une classe entière d'animaux, regroupant près de 20 000 espèces, était dépourvue de ce sens considéré comme le plus ancien et fondamental. Cela pouvait-il être vrai ?
Postdoctorante au département de biologie de l'Université de l'Indiana, je discutais ce jour-là avec Goodson de mes défis en laboratoire. J'étudiais les juncos ardoisés, ces moineaux gris et blancs communs en Amérique du Nord, pour comprendre leurs choix de partenaires : fidélité ou infidélité ? J'explorais le rôle du complexe majeur d'histocompatibilité (CMH), une famille de gènes immunitaires. Ces gènes, qui détectent bactéries et parasites, étaient suspectés d'influencer l'attraction sexuelle chez de nombreux animaux, voire chez l'humain. En 2008, peu d'études portaient sur le CMH chez les oiseaux, mais on supposait une détection olfactive. Goodson insinuait que sans odorat, le CMH n'influençait pas leurs choix, rendant mon projet futile.
Formée en biologie évolutive et primatologie, j'étais novice en ornithologie. Les différences entre oiseaux et mammifères me fascinaient : un seul ovaire fonctionnel chez les femelles oiseaux pour alléger le poids au vol ; systèmes circulatoire et respiratoire optimisés. Ces adaptations évolutives étaient logiques pour la survie et la reproduction. Mais perdre un sens entier ? L'odorat semble vital pour détecter dangers et ressources.

Mes manuels d'ornithologie taisaient l'olfaction. J'ai fouillé la littérature : le mythe des oiseaux anosmiques (du grec osmē, "odeur") perdurait depuis des décennies. Le bulbe olfactif est réduit chez la plupart, mais pas chez tous : vautours à tête rouge flairent la charogne, oiseaux de mer "à nez tubulaire" repèrent la nourriture en mer, kiwis nocturnes débusquent insectes et vers à l'odeur. Ces exceptions étaient minimisées.
La doxa : les oiseaux sacrifient l'odorat pour une vue supérieure. En effet, leur acuité visuelle surpasse celle des mammifères. Rapaces repèrent proies de loin ; hiboux voient dans l'obscurité.

La vue aide aussi au choix du partenaire : paons et oiseaux de paradis exhibent plumes éclatantes. Les oiseaux perçoivent quatre couleurs (tétrachromatie), incluant l'ultraviolet, invisible à nos yeux trichromates. Cela rend leurs plumages plus attractifs et facilite la navigation en forêt. Avantages évolutifs clairs pour prédateurs et reproducteurs.
Mais pourquoi ce compromis vue/odorat ? Aucune explication scientifique. Cette "vérité" non étayée m'a révoltée, lançant une quête qui a transformé ma carrière.
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