Depuis 30 ans, et plus que jamais, la mission des Impatients reste essentielle : l’art thérapeutique au service de ceux qui en ont le plus besoin.
Mikaël Theimer
De l’officine du Tribunal pénal international des Nations Unies pour le Rwanda aux allées des quincailleries Rona, rien ne prédestinait Frédéric Palardy, ancien avocat criminaliste, à diriger Les Impatients, un organisme qui soutient les personnes souffrant de troubles de santé mentale par l’expression artistique. Sauf peut-être le fait que sa mère, Lorraine B. Palardy, en est la fondatrice. Les premiers ateliers ont vu le jour à Pointe-aux-Trembles ; aujourd’hui, ils sont implantés dans 13 villes du Québec et attirent 850 participants chaque semaine.
Depuis 2013, Frédéric Palardy porte cette mission avec conviction : malgré la schizophrénie ou la bipolarité, ces hommes et femmes peuvent créer, cultiver des passions (peinture, sculpture, musique), donner un sens à leur vie et s’intégrer dans une communauté. Le nom « Impatients » n’évoque pas un défaut : lors des ateliers, ce sont des créateurs impatients de guérir qui s’expriment librement.
À sa manière, Frédéric Palardy défend leur cause en leur offrant les outils pour concrétiser leurs visions artistiques et le bonheur d’être vus et entendus. Malgré les freins de la pandémie, cette ambition perdure, surtout lors des célébrations du 30e anniversaire.
Certains parlent d’art-thérapie aux Impatients, mais vous insistez sur « art thérapeutique ». Une nuance clé ?
Nous comptons des art-thérapeutes, mais nos animateurs sont avant tout des artistes. Un art-thérapeute pourrait demander à 10 participants de dessiner la colère pour comparer. Chez nous, c’est libre : nous invitons à créer. Comme le dit une participante : « Aujourd’hui, si j’ai envie de noircir ma feuille, je peux. C’est la liberté totale. » L’essentiel ? Créer une œuvre dont on est fier, comme lors de notre encan au Musée d’art contemporain de Montréal, où une création trône entre un Riopelle et un Marc Séguin.
Depuis votre direction, vous mettez l’accent sur la prévention en santé mentale (jeunes de la DPJ, étudiants, militaires, burnout...). Un objectif facile ?
De moins en moins difficile. Ma mère l’aurait voulu, mais il y a 10 ans, la société n’était pas prête. La prévention reste floue, pourtant des étudiants nous confient : « Je ne dors plus à cause de l’anxiété et je prends des médicaments. » Sans être schizophrènes ou bipolaires, ils souffrent. Nous développons toujours des ateliers pour les cas graves, tout en ajoutant ce volet préventif.
Avec la prise de conscience croissante de la santé mentale, la mission des Impatients est-elle mieux comprise ?
Un exemple marque cette évolution. Il y a 30 ans, les participants cachaient leur nom par honte. Il y a 20 ans, les instances de santé mentale reléguaient Les Impatients au second plan. Personne ne croyait à l’alliance art-santé mentale ni à notre principe : mettre la beauté en avant. Contrastant avec les hôpitaux psychiatriques. Aujourd’hui, la politique de santé mentale du ministre Lionel Carmant (janvier dernier) s’illustre par une œuvre d’un Impatient en couverture, avec un encadré sur notre mission.
Vous vous dites « avocat défroqué » : votre passé utile à la direction ?
Je voulais défendre la veuve et l’orphelin, pas la mafia. Mon ancien métier aide en gestion de crises – une mise en demeure ne m’effraie pas – et surtout en empathie, formée face à l’humain derrière le client. Mon expérience au Tribunal pour le Rwanda a changé ma vision : interrogeant une victime du génocide au Malawi, portant une cicatrice d’une lance traversant son corps alors qu’elle protégeait son bébé... Depuis, je relativise et je suis motivé pour aider.
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