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Poussière de ferme : comment elle protège contre l'asthme, selon la recherche scientifique

Martijn Schuijs, doctorant au VIB/UGent, a élucidé le mécanisme par lequel la poussière de ferme protège contre l'asthme.

Depuis les années 1950, le nombre de cas d'asthme a explosé, coïncidant avec l'exode rural vers les villes. Des études épidémiologiques récentes confirment que les personnes vivant à la ferme sont nettement moins touchées par les allergies que les citadins.

Martijn Schuijs, doctorant au VIB/UGent, explore les causes de cette hausse des allergies. « Au cours de mes études en immunologie, je me suis passionné pour les allergies et l'asthme, explique-t-il. Dans le monde, 700 millions de personnes sont concernées ; un enfant sur quatre est allergique. Vingt à trente pour cent des élèves d'une classe utilisent une pompe à asthme. Mon père, mon frère et ma sœur en souffrent aussi. »

Les traitements actuels soulagent principalement les symptômes, mais les mécanismes sous-jacents restent méconnus. « Nous vivons peut-être trop proprement en ville, ou les polluants urbains jouent un rôle. Mais la clé de la santé pulmonaire pourrait se trouver à la ferme », estime-t-il. C'est cette piste qu'il suit.

Pour tester l'hypothèse d'une exposition réduite aux pathogènes en ville, Schuijs a administré du LPS – un composant bactérien – à des souris, puis les a exposées à des acariens, déclencheur majeur d'asthme. Les rongeurs étaient protégés.

Seuil d'activation plus élevé
Les bactéries étant présentes partout, y compris en ville sans effet protecteur, Schuijs a approfondi. Des collègues munichois ont collecté la poussière d'étables avec des tissus électrostatiques. Inhalée par les souris, elle offrait une protection supérieure au LPS seul, indiquant un effet multifactoriel de la poussière de ferme.

Pour décrypter l'action dans les voies respiratoires, l'équipe a analysé les cellules épithéliales, première barrière de défense. Exposées à la poussière, elles produisaient massivement A20, une protéine inhibant l'activation immunitaire excessive.

En invalidant le gène A20, les souris réagissaient plus violemment aux acariens malgré l'exposition préalable à la poussière. « A20 élève le seuil d'activation immunitaire : seuls les signaux forts, comme une infection virale, déclenchent une réponse, pas les substances inoffensives », précise Schuijs.

Médicaments préventifs à l'horizon
Chez l'humain ? Des biopsies de patients asthmatiques et non-asthmatiques montrent un déficit en A20 chez les premiers. Chez 1 800 enfants d'exploitations autrichiennes et allemandes, l'asthme était lié à une mutation du gène A20 réduisant sa production.

Le système immunitaire se forge durant les 1 000 premiers jours de vie. Schuijs envisage un produit à base de poussières de ferme pour vacciner les nourrissons contre les allergies à vie. « Dans 5 à 10 ans, cela pourrait être réalité ».

Martijn Schuijs a été nommé pour l'Eos Pipet 2016, notre prix du jeune scientifique le plus prometteur. Les lauréats 2020 sont ici : https://www.eosscience.eu/eospipet2020

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