Les médecins généralistes et psychiatres ayant plus de contacts avec l'industrie pharmaceutique prescrivent davantage d'antipsychotiques de deuxième génération, plus coûteux et sans supériorité prouvée.

Les médecins généralistes et psychiatres en fréquent contact avec les représentants pharmaceutiques optent plus souvent pour des antipsychotiques de deuxième génération, plus chers sans valeur ajoutée cliniquement avérée.
Cette conclusion provient d'une étude menée par Manuel Morrens de l'Université d'Anvers (UAntwerp), présentée au Congrès flamand de la santé mentale. L'enquête a interrogé plus d'une centaine de psychiatres et médecins généralistes sur leurs habitudes de prescription, leurs perceptions d'efficacité des antipsychotiques et leurs interactions avec l'industrie.
"Les représentants pharma tentent de convaincre que les antipsychotiques de deuxième génération, apparus depuis 1996, surpassent les plus anciens", explique Morrens. "Aucune preuve scientifique ne le confirme pourtant, et ces nouveaux traitements coûtent en moyenne dix fois plus cher."
Entre 1997 et 2012, les ventes d'antipsychotiques en Belgique ont plus que doublé, portées par ces molécules de deuxième génération : de 13 % à 81 % du marché. La quétiapine domine, prescrite pour psychose, trouble bipolaire, dépression et insomnie. En 2012, plus de 365 000 personnes en Belgique en ont bénéficié.
L'étude révèle une préférence pour l'olanzapine, la rispéridone et l'aripiprazole chez les praticiens. Ceux participant fréquemment à des formations sponsorisées ou recevant des représentants prescrivent plus ces médicaments, convaincus à tort de leur supériorité et moindre tolérance. Les jeunes médecins y sont particulièrement sensibles.
41 % des médecins interrogés admettent être influencés par l'industrie pharmaceutique.
Ce taux de 41 % dépassent largement les estimations antérieures (quelques pourcents). "Nos participants semblent plus sensibilisés", note Morrens. Fait frappant : parmi les 59 % négant toute influence, l'impact sur prescriptions et opinions est encore plus marqué. "Les plus influencés sont ceux qui le nient", précise-t-il.
Coût social élevé
Pourquoi ces idées reçues ? "L'industrie met en avant une réduction des effets secondaires moteurs par rapport à l'haldol, un ancien antipsychotique à forte tolérance négative. Peu d'études comparent aux autres premières générations. De plus, ces nouveaux traitements augmentent les risques métaboliques (obésité, diabète), générant un coût social majeur au-delà du prix."
"Les médecins doivent rester critiques face aux représentants", conclut Morrens, appelant les universités à former les jeunes praticiens à une autocritique rigoureuse. Des formations indépendantes, basées sur des preuves scientifiques, pourraient être organisées par les universités ou l'Association flamande de psychiatrie. (ddc)
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