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Les médecins progressent-ils dans le traitement du Covid-19 ? L'expertise du Pr. Geert Meyfroidt

Notre système de santé n'est plus submergé par les patients Covid-19 et les médecins ont acquis une expérience précieuse dans la prise en charge de la maladie. Les nouveaux patients ont-ils de meilleures chances de survie ?

"Malgré la qualité des soins prodigués par les équipes médicales, un patient de 90 ans est décédé des suites d'une infection au nouveau coronavirus", a déclaré la ministre de la Santé Maggie De Block lors de la conférence de presse du 11 mars. Il s'agissait du premier décès lié au Covid-19 en Belgique.

Un patient hospitalisé aujourd'hui pour Covid-19 a-t-il plus de chances de survie qu'il y a quelques mois ?

"Nous manquons de données chiffrées pour l'affirmer avec certitude, mais je suis convaincu que les pronostics sont meilleurs aujourd'hui qu'au début de la pandémie", estime le Pr. Geert Meyfroidt, professeur en soins intensifs à l'UZ Leuven. "C'est une conviction personnelle, difficile à vérifier actuellement en raison du faible nombre de nouveaux cas. Mais j'en suis presque certain."

Plus d'expérience

Selon le Pr. Meyfroidt, plusieurs facteurs expliquent ces améliorations dans la prise en charge des patients Covid-19. "Le système de santé n'est plus surchargé comme au pic de l'épidémie", explique-t-il. "Nous opérons désormais dans un cadre normal, avec une infrastructure adaptée. Même en cas de nouveau pic, nous pourrions traiter les patients dans des services dédiés, sans afflux massif simultané."

L'expérience des centres médicaux face à une pandémie hautement contagieuse a également évolué. "Au début, peu d'établissements étaient préparés", note le Pr. Meyfroidt. "Contrairement à l'Italie, nous avons bénéficié de deux semaines pour former le personnel. Un hôpital, surtout en soins intensifs, fonctionne au mieux comme une machine bien rodée où chacun connaît son rôle."

'Au début, nous pensions que le Covid-19 était principalement une pneumopathie, mais nous avons vite constaté que de nombreux patients développaient des thromboses.' Pr. Geert Meyfroidt

"Nous avons appris, par exemple, que les tenues de protection ne permettent que quelques heures de travail intensif. Nous avons progressivement mis en place des routines efficaces, comme un planning pour les équipes en combinaison, alternant avec des pauses. Cela a positivement impacté la qualité des soins."

Traitement ajusté

Les protocoles thérapeutiques ont également été affinés. "De nombreux ajustements ont été faits ces derniers mois et cela continue", indique le Pr. Meyfroidt. "Les résultats préliminaires de l'essai Recovery au Royaume-Uni sur la dexaméthasone (un corticoïde) montrent une réduction significative de la mortalité chez les patients sous oxygène ou ventilés. Cela pourrait devenir un standard."

"Nous allons aussi renforcer la prévention des thromboses", ajoute-t-il. "Initialement vue comme une maladie pulmonaire, le Covid-19 révèle souvent des caillots sanguins. À l'UZ Leuven, nous avons rapidement adopté un protocole d'anticoagulation intensive chez les patients ventilés, avec un suivi sanguin fréquent. Cela a amélioré nos résultats et sera repris en cas de nouvelle vague."

Mieux adapter les soins

Le Pr. Meyfroidt rappelle que les premiers patients ont été intubés précocement sur la base d'expériences étrangères pour limiter la contagion. "Nous avons appris que l'oxygénothérapie à haut débit est viable pour certains, évitant la ventilation invasive qui prolonge les séjours en réanimation et nécessite une sédation. Nous distinguons mieux les besoins individuels pour la prochaine vague."

'Les respirateurs fonctionnent bien chez certains patients Covid-19, chez d'autres cela n'a pas de sens.' Pr. Geert Meyfroidt

Les médecins ont affiné la ventilation proné (sur le ventre). "Elle optimise le matching ventilation/perfusion pulmonaire dans les SDRA classiques. Chez les patients Covid-19, elle bénéficie à certains mais pas à ceux avec microthromboses vasculaires. Nous identifions mieux les profils."

Médicaments repurposés

En l'absence d'antiviral spécifique, les médecins testent des médicaments existants. L'hydroxychloroquine, initialement prometteuse in vitro, n'a pas réduit la mortalité selon les études récentes et expose à des risques cardiaques. Son usage a été abandonné.

'Les essais cliniques sont prêts pour de nouvelles épidémies.' Pr. Geert Meyfroidt

Le remdésivir (antiviral anti-Ebola) montre des signes encourageants selon la FDA, bien que non confirmés. Des essais belges portent sur l'azithromycine et le favipiravir. Malgré le pic rapide, des réseaux de recherche ont été lancés, incluant plus de 20 hôpitaux pour le plasma convalescent.

Accent sur la réhabilitation

Le Pr. Meyfroidt anticipe un possible pic automnal, espérant des foyers localisés. Il insiste sur la rééducation et le soutien psychologique post-Covid. "Après un long séjour en réanimation, les séquelles physiques et mentales sont amplifiées par l'isolement familial."

'L'objectif est de réintégrer les patients dans la société, la réadaptation est cruciale.' Pr. Geert Meyfroidt

"Les survivants souffrent d'une faiblesse musculaire extrême, aggravée par des comorbidités comme l'obésité ou le diabète. La plupart se rétabliront, mais certains pourraient nécessiter un suivi pneumologique à long terme, voire des greffes pulmonaires dans les cas graves."

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