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Les bibliothèques publiques doivent-elles promouvoir des ouvrages anti-vaccins ? Des experts appellent à une évaluation critique

Dans plusieurs bibliothèques publiques, des livres anti-vaccination occupent les premières places des résultats de recherche. Les experts en vaccins plaident pour une évaluation critique des collections.

Lorsque vous recherchez un ouvrage sur la vaccination dans une bibliothèque publique, des titres comme Sans vaccin ! Parents, médecins et scientifiques sur les vaccins et grandir sans vaccin ou Cancer du col de l'utérus : les vaccins contre le VPH en tant que 'deus ex vagin' apparaissent souvent en tête de liste. Ce phénomène est observé dans plusieurs villes flamandes, telles que Gand, Anvers, Bruges et Hasselt.

En 2018, 72 personnes en Europe ont succombé à la rougeole, une maladie évitable par la vaccination. Les médecins s'inquiètent de l'essor des mouvements anti-vaccination. L'expert en vaccination Pierre Van Damme (UAntwerp) s'interroge : les bibliothèques subventionnées par l'État doivent-elles diffuser des ouvrages plaidant contre la vaccination ? « Elles ne devraient pas contribuer à la propagation de mensonges », affirme-t-il.

Précédemment, les réseaux sociaux ont annoncé des mesures contre le contenu anti-vaccins. YouTube interdit la publicité autour des vidéos anti-vaccinales, tandis que Facebook réduit la visibilité des groupes et messages correspondants.

Les bibliothèques publiques doivent-elles promouvoir des ouvrages anti-vaccins ? Des experts appellent à une évaluation critique

Avertissement

Mais qu'en est-il des bibliothèques traditionnelles ? Pierre Van Damme reconnaît la délicatesse du sujet : « La censure peut alimenter les théories du complot. Où tracer la limite ? » Les bibliothèques proposent aussi des livres sur l'homéopathie, l'astrologie ou d'autres pseudosciences. Néanmoins, Van Damme insiste : contrairement à ces domaines, les discours anti-vaccins menacent la santé publique. Les décès dus à la rougeole ou d'autres maladies évitables représentent une responsabilité collective. Les ouvrages sur ce thème doivent être évalués pour leur rigueur scientifique. S'ils diffusent des informations manifestement erronées, il vaut mieux les exclure des collections. « Les bibliothèques doivent fournir des informations validées scientifiquement. Elles n'offrent pas d'ouvrages affirmant que la Terre est plate, n'est-ce pas ? »

Le virologue Marc Van Ranst (KU Leuven) ne prône pas le retrait des livres. « J'étiquetterais les ouvrages nuisibles à la santé avec un avertissement indiquant que leur contenu contredit le consensus scientifique et ne constitue pas un avis médical. »

Les bibliothèques publiques doivent-elles promouvoir des ouvrages anti-vaccins ? Des experts appellent à une évaluation critique

Offre pluriforme

La loi exige des bibliothèques une « offre d'informations indépendante et diversifiée, large et soigneusement composée, adaptée aux besoins du public cible ». C'est au bibliothécaire et à son équipe de la constituer. La composition des collections relève de la décision des bibliothèques et des autorités locales.

« Pour développer une pensée critique, il faut accéder à diverses sources », explique un bibliothécaire anonyme. « Le bibliothécaire ne doit pas moraliser et dicter ce que les usagers devraient lire. »

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