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Risque faible de transmission du Covid-19 par les surfaces : pourquoi continue-t-on à désinfecter ?

Des traces du coronavirus peuvent persister sur les poignées de porte et autres surfaces. Pourtant, elles ne constituent pas une source majeure de contamination.

En mars 2020, Emanuel Goldman, microbiologiste à la Rutgers New Jersey Medical School, s'est rendu dans son épicerie locale avec précaution. Des cas de Covid-19 émergeaient aux États-Unis. Il a porté des gants pour éviter les surfaces contaminées et un masque contre les gouttelettes virales des clients. À l'époque, ces mesures n'étaient pas encore officiellement recommandées.

Fin mars 2020, une étude en laboratoire a révélé que le SARS-CoV-2 survivait plusieurs jours sur plastique et acier inoxydable. Cela a généré des titres alarmants et des conseils massifs pour désinfecter tout, des poignées aux courses. L'OMS avait déjà indiqué en février que le virus se propageait via des surfaces contaminées, dites "fomites".

En mai, l'OMS et d'autres agences sanitaires recommandaient de nettoyer et désinfecter maisons, transports, écoles et magasins, surtout les surfaces très touchées. Les usines de désinfectants ont tourné à plein régime.

La transmission de surface est possible, mais n'est pas considérée comme un risque élevé.

Mais Goldman a analysé les preuves sur les fomites et conclu à un risque faible. Dans un commentaire publié en juillet 2020 dans The Lancet Infectious Diseases, il argue que la transmission via surfaces est minime. Il a arrêté les gants depuis.

De nombreux experts partagent cette vue. Les CDC américains ont clarifié en mai 2020 que les surfaces "ne semblent pas être la principale voie de propagation". Aujourd'hui, ils estiment que c'est "non courant".

Au fil de la pandémie, les preuves scientifiques ont évolué : la transmission principale est aérienne, via gouttelettes et aérosols inhalés à proximité. Les surfaces posent un risque possible mais marginal.

Le problème est que les experts ne peuvent exclure totalement la transmission de surface.

Nettoyer les surfaces est plus simple que ventiler, surtout en hiver. Les attentes publiques maintiennent ces pratiques. Fin 2020, les ventes mondiales de désinfectants ont bondi de 30 % à 4,5 milliards de dollars. La MTA de New York a dépensé 484 millions supplémentaires pour nettoyage et désinfection.

Les directives restent prudentes : le gouvernement chinois exige la désinfection des aliments surgelés importés. Les CDC listent des outils anti-SARS-CoV-2 et insistent sur la désinfection régulière des surfaces partagées.

Risque faible de transmission du Covid-19 par les surfaces : pourquoi continue-t-on à désinfecter ?

Le lavage des mains est essentiel, mais des experts comme Linsey Marr (Virginia Tech) critiquent l'excès de focus sur les surfaces. Dans un éditorial du Washington Post (décembre 2020), elle plaide pour prioriser la ventilation contre les aérosols, source majeure d'infection.

L'ARN viral peut être trompeur

Le focus initial sur les surfaces s'inspire d'autres infections nosocomiales comme le staphylocoque résistant ou le norovirus. Dans les hôpitaux Covid, des écouvillons ont détecté l'ARN viral partout, y compris sur effets personnels et surfaces, persistant des semaines (ex. Diamond Princess).

'L'ARN viral est l'équivalent d'une coquille morte. Ce n'est pas contagieux.'

Goldman précise : l'ARN n'est pas viable. Des tests en labo ont montré le virus infectieux jusqu'à 6 jours sur plastique/acier, mais ces conditions sont irréalistes.

Conditions irréalistes

Ces études labo ne reflètent pas le réel : quantités virales massives, humidité contrôlée. Peu d'études hors labo isolent un virus viable sur surfaces. Une étude israélienne (Brosh-Nissimov) a trouvé de l'ARN mais aucun virus infectieux.

'De nombreux éléments doivent coïncider pour que la transmission via surfaces ait lieu.'

Ben Cowling (Hong Kong) nuance : absence de preuve n'est pas preuve d'absence. Des études sur rhinovirus montrent une transmission aérienne dominante. Pour SARS-CoV-2, éthiquement impossible.

Amy Pickering a estimé le risque <1/2000 via surfaces courantes, bien inférieur aux aérosols.

Les mesures globales confirment : distanciation et restrictions voyages plus efficaces que désinfection surfaces.

Données épidémiologiques rares

Peu d'études épidémio prouvent transmission fomites. Exemples chinois rares et contestés (bouton ascenseur, égouts, porc surgelé). OMS doute d'une transmission alimentaire.

Risque faible de transmission du Covid-19 par les surfaces : pourquoi continue-t-on à désinfecter ?

Cowling appelle à plus d'études détaillées.

Le vrai danger : les personnes

Les super-événements indiquent transmission aérienne. Marr : prioriser ventilation et masques sur désinfection excessive. Pickering : à la maison, focus mains, masques, distance.

Le gouvernement n'est pas pressé de minimiser les précautions.

OMS (octobre 2020) : risque fomites limité mais potentiel ; mesures utiles. Public attend hygiène renforcée : 75 % des usagers MTA se sentent plus en sécurité.

Goldman porte masque mais pas de précautions surfaces : "Lavage mains toujours clé."

Cet article est adapté de Nature News.

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