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Greffes de cellules rétiniennes postmortem : un espoir réaliste contre la cécité ?

Les cellules de l'œil d'une personne décédée pourraient être transplantées avec succès dans les yeux de singes.

L'épithélium pigmentaire rétinien (EPR), une couche cellulaire essentielle de la rétine, agit comme une barrière protectrice et un régulateur pour une vision optimale. Des dysfonctionnements de ces cellules peuvent entraîner des maladies oculaires graves, voire la cécité. De récentes recherches démontrent que des cellules souches issues d'yeux de donneurs humains décédés, traitées en laboratoire, peuvent être transplantées en toute sécurité sous la rétine de singes. Cette approche s'annonce prometteuse pour restaurer la vue des patients atteints de troubles rétiniens.

Environ 200 millions de personnes dans le monde sont aveugles en raison de cellules rétiniennes endommagées. Pour reconstituer cette population cellulaire, les chercheurs ont extrait des cellules souches rétiniennes d'yeux de cadavres adultes donnés, les ont cultivées en EPR en laboratoire, puis les ont implantées dans des yeux de singes. Ces cellules postmortem offrent une source potentiellement illimitée de cellules rétiniennes humaines et permettent un appariement donneur-receveur.

Intégration réussie

Les cellules transplantées se sont intégrées de manière stable, sans effets secondaires graves, comme le rapportent les chercheurs dans Stem Cell Reports (2020). De plus, ces cellules dérivées de cellules souches ont partiellement repris les fonctions des cellules hôtes chez le singe et ont soutenu la photoréception normale (perception de la lumière). Bien que de nombreux essais restent nécessaires, cette étude marque une étape clé vers des traitements humains contre la cécité.

La professeure d'ophtalmologie moléculaire Anneke den Hollander (Radboudumc) explique : « La conversion de cellules souches en cellules rétiniennes n'est pas inédite. Plusieurs essais cliniques ont même greffé de telles cellules chez l'humain. Ce qui distingue cette étude, c'est l'origine des cellules souches : les yeux de donneurs décédés. Les approches précédentes utilisaient des cellules souches embryonnaires ou des iPSC (cellules souches pluripotentes induites) dérivées de cellules cutanées du patient. Ces travaux ont prouvé la sécurité des greffes et même une amélioration visuelle chez certains patients. Ces avancées ouvrent l'espoir de traiter des formes incurables de déficience visuelle. »

Défis des yeux malades

L'ophtalmologiste Reinier Schlingemann (AmsterdamUMC) tempère : « C'est une étude passionnante et ce serait formidable si elle aboutissait, mais le chemin est encore long. Le vrai défi sera d'appliquer cette technique dans des « yeux malades » où la rétine est gravement endommagée. Fonctionnera-t-elle ? Imaginez une jungle : abattre 10 arbres sur 1 000 m² permet une repousse rapide, mais raser toute la jungle en désert tue toute nouvelle plantation. C'est similaire pour les yeux dégradés : le tissu peut-il encore se régénérer ? Globalement, c'est un pas prometteur, mais ne célébrons pas trop tôt. »

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